Non, "Petites phrases et grandes idées" n'a pas suspendu son travail pendant que la France s'est arrêtée. Précision : lundi, le même jour, un homme a assassiné un adolescente de 14 ans et demi, retrouvée morte et lacérée de coups de couteau dans des toilettes publiques à Bouguenais. Il a également agressé deux personnes âgées. Voilà. Juste au cas où vous voudriez faire une minute de silence supplémentaire. Dernière chose sur ce sujet et ce blog s'engage à ne plus jamais évoquer ce fait divers. Il s'agit d'une citation : "Poursuivre la campagne, c'est un acte de résistance morale, intellectuelle  et affective. C'est montrer qu'en toutes circonstances,  la vie l'emporte sur la mort. Il ne faut pas mettre notre bouillante démocratie entre parenthèses du fait d'un odieux dégénéré assassin. Nous ne sommes pas à la merci d'un dégénéré, il ne fait pas la loi, il ne nous impose pas son rythme, nous le rattraperons et il paiera". Rien a ajouter. Si la campagne s'arrête, comme c'est le cas pour quasiment tous les candidats, le tueur aura gagné. Pour rendre à César ce qui est à lui, c'est signé Jean-Luc Mélenchon. Mais indépendamment de son positionnement politique, l'analyse est absolument parfaite.


Bien, ceci étant dit, passons à notre sujet du jour : la validation par le Conseil constitutionnel des candidatures pour l'élection présidentielle. Ils étaitent dix à avoir déposer leurs parrainages vendredi soir et, sans trop de surprise, les croulants sages ont donné leur feu vert à chacun. Il faut remonter à 1995 pour voir si peu de partants. Ils étaient 9 cette année-là. A comparer avec les 12 de 2007 et, surtout, les 16 de 2002. Il est donc possible de voir de très hauts scores au premier tour et, comme l'indiquent beaucoup de sondages, cinq candidats au-dessus de 10%. Ainsi, nos protagonistes que l'on devrait voir défiler devant nos yeux à doses équitables (le CSA veille, attention !) sont les suivants (grosso modo, de gauche à droite) :

- Nathalie Arthaud. A 42 ans, c'est la benjamine de cette campagne. Candidate de Lutte ouvrière, ce sera sa première présidentielle. Secrètement, elle remercie Jacques Cheminade d'être présent : ça lui évitera la dernière place. Dans la vraie vie, elle est prof d'économie et de gestion.

- Philippe Poutou. 45 ans, ouvrier chez Ford et candidat du NPA. Il a la lourde tâche de succéder à Besancenot et, même s'il a montré d'énormes progrès au micro, la campagne risque d'être difficile. Surtout qu'il a la grosse ombre de Mélenchon à côté de lui. Ce sera sa première campagne.

- Jean-Luc Mélenchon. 60 ans, fondateur, taulier et donc candidat du Front de gauche. A la base, son parcours professionnel oscille entre l'enseignement et le journalisme (ironie du sort !). Mais il est un politique professionnel depuis longtemps. Ancien membre du PS, il est désormais la figure principale de l'extrême-gauche. Il peut légitimement viser la troisième place. Première présidentielle pour lui, mais il a eu l'occasion de se faire les dents lors d'élections européennes de 2009 particulièrement réussies.

- Eva Joly. A 68 ans, l'ancienne magistrate s'est reconvertie dans la politique avec un certain succès puisque la voilà candidate d'Europe Ecologie - Les Verts. Malheureusement, son manque de charisme, des prises de positions risquées et les légendaires bisbilles internes à son parti lui valent d'être larguée dans les sondages. Sa première campagne va être longue pour elle, d'autant que beaucoup fantasment déjà sur le score qu'aurait pu réaliser Nicolas Hulot s'il avait été désigné.

- François Hollande. 57 ans, politique professionnel, candidat du PS. L'immense favori de la course à l'Elysée se présente, comme beaucoup, pour la première fois. Pour l'instant, il n'a pas eu à se forcer et se contente de gérer sa campagne avec, malgré tout, quelques propositions phares. Il sera au second tour de l'élection et, dans la configuration actuelle, il est fort probable qu'il l'emporte au final.

- Jacques Cheminade. 70 ans, doyen de cette élection en plus d'en être l'invité surprise. Homme politique professionnel, personne ne l'a pourtant vu venir jusqu'à son dépôt de parrainages. Un article lui a récemment été consacré ici même. Pour le reste, il va falloir attendre ses premières sorties pour savoir quel seront ses thèmes de campagne. Il a déjà été de la fête en 1995.

- François Bayrou. Le centriste est le plus expérimenté puisqu'il participe pour la troisième fois à la foire nationale de la politique. A 60 ans, il représente le Modem et non plus l'UDF et ça, c'est une première. Politicien professionel lui aussi, habitué aux ministères, il sera de la bataille pour la troisième place, mais la dynamique ne lui est pas favorable.

- Nicolas Sarkozy. Deuxième campagne pour le tenant du titre qui, à 57 ans, brigue un nouveau mandat. Il a par ailleurs confessé vouloir arrêter la politique s'il venait à être battu. Sauf cataclysme, il sera au second tour et fera jouer son expérience pour essayer de renverser la tendance. On voit cependant le talent du bonhomme qui, depuis son entrée officielle en campagne, a réussi à faire grimper sa côte et à réduire l'écart, en dépit d'une popularité en berne et d'un bilan tout moche.

- Nicolas Dupont-Aignan. Encore un novice dans cette élection. 51 ans, homme politique professionnel, candidat de "Debout la République", dont il est le fondateur. Un anti-européen de droite dure, habitué aux saillies médiatiques hilarantes. Les sondages ne lui sourient pas beaucoup et il fera partie de la charrette de ceux qui ne verront pas leurs frais de campagne remboursés. Il peut lui aussi remercier Jacques Cheminade d'être présent, sans quoi il serait aussi en course pour la cuillière de bois.

- Marine Le Pen. Fifille a pris les clé de la maison FN et succède à son père également en tant que candidate. A 43 ans, elle a pourtant déjà une belle expérience politique avec plusieurs campagnes à son actif, en tant que tête de liste ou comme directrice stratégique. Elle occupe pour l'instant le troisième rang et ne peut pas décemment espérer mieux. C'est même plutôt dans le rétroviseur qu'elle devra regarder, car Bayrou et Mélenchon seront à l'affût jusqu'au bout.

Voilà la belle liste des prétendants, sachant évidemment qu'en faisant preuve du plus grand cynisme, le vainqueur ne peut s'appeler qu'Hollande ou Sarkozy. Mais un candidat non élu peut sortir gagnant d'une telle élection, de par le poids qu'il aura psi alors. Donc, d'ici au 22 avril, il faudra avoir fait son choix.