Hier, Nicolas Sarkozy a affirmé que Tariq Ramadan avait annoncé qu'il voterait François Hollande. Faux, l'intéressé est suisse et a, en plus, démenti. Le matin même, il a assuré n'avoir jamais utilisé la formule "le vrai travail". Faux, il l'a fait à au moins deux reprises. L'UMP a assuré, par un communiqué du délicieux Eric Ciotti, que "700 mosquées" avaient appelé à voter Hollande. Encore faux, le président du CFCM, Mohammed Moussaoui, a violemment démenti. Lionnel Luca (UMP tendance droite populaire) a parlé de François Hollande et de sa compagne, "Valérie rottweiler". Classe. Toujours hier, des policiers ont défilé en masse sur les Champs-Elysées pour protester contre la mise en examen de l'un des leurs qui a tué un suspect. L'autopsie a montré que la victime avait été flingué dans le dos. Qu'importe, l'UMP en masse soutient les fonctionnaires de police. Avant-hier, Jean-François Copé a accusé Libération de "désinformation" pour avoir prêté à Nicolas Sarkozy la phrase : "le Front national est compatible avec la République". Le jour même, Le Figaro avait utilisé la même citation. Et les journaux télévisé ont montré que cette citation était authentique. Il y a trois jours, François Hollande s'est rendu à Hirson, en Picardie, région qui a le plus voté pour le Front national. Certes, le candidat socialiste ne racole pas aussi ouvertement les voix frontistes, mais il essaye de picorer ici et là. Les deux candidats sont au moins d'accord sur un point : les électeurs de Marine Le Pen ne sont pas de gros racistes ou d'ignobles fascistes, mais simplement des brebis égarées qu'il convient de ramener dans le droit chemin. Constat on ne peut plus contestable, mais admettons...

Convenons-en, si "Petites phrases et grandes idées" s'est beaucoup lâché ces derniers temps sur les médias et Nicolas Sarkozy, ils l'ont bien cherché. Et l'ambiance dans laquelle se déroule cet entre-deux tours est, pour l'instant, parfaitement nauséabonde. Un sondage paru hier montre que les deux préoccupations principales des Français restent l'emploi et le pouvoir d'achat. On est en plein dedans, non ? Espérons au moins que les deux candidats auront la décence d'aborder le sujet lors de leur débat, le 2 mai prochain, face à Laurence Ferrari et David Pujadas (toujours mieux que Pernaut et Lucet, n'est-ce pas ?). Alors, face à cette conjoncture sombre au possible, essayons de trouver quelques bonnes nouvelles ou, du moins, quelques infos constructives. Parce que, pour être tout à fait honnête, on a beau être fasciné par la politique et avoir l'impression de ne jamais s'en lasser, cette semaine est particulièrement éprouvante pour les nerfs...

 

"Reniement du gaullisme"

 

D'abord, il faut souligner l'attitude de François Bayrou. Au soir du premier tour, celui-ci avait annoncé qu'il allait s'adresser aux deux finalistes avant d'éventuellement prendre position. Naturellement, il ne choisira pas. Mais il a pondu un communiqué réagissant aux dernières sorties sarkozystes, texte dans lequel il apporte une bouffée d'air républicain dans ce débat. Le boss du Modem juge que les propos du chef de l'Etat "valide le discours du Front national". Il poursuit, comme le relate Le Monde : "Aborder la question de l'immigration en validant la thèse du FN et en prétendant que les déséquilibres des comptes sociaux étaient dus aux immigrés, c'est un reniement d'un demi-siècle de politique sociale en France. C'est un reniement du gaullisme aussi bien que des démocrates-chrétiens et humanistes". Pardon pour le langage mais putain, ça fait du bien à lire ! On sait que quelques proches de Bayrou ont déjà pris position (Arthuis pour Sarkozy, Banhamias pour Hollande), on sait désormais que le patron n'appelera pas à voter pour le sortant. Et il serait très curieux de le voir pencher à gauche. Cela dit, ses commentaires sont extrêmement précieux.

Il y a également eu une proposition, passée relativement inaperçue jusqu'ici. En effet, le probable futur Président entend proposer un "referendum sur la moralisation de la vie politique". On voit venir le pschit! absolu MAIS, l'initiative est louable. Il s'agirait, en effet, de demander leur avis aux Français (si d'aventure le Parlement ne serait pas majoritaire sur la question) sur la limitation du cumul des mandats, sur la parité, sur l'indépendance de la justice et sur "l'exemplarité de l'Etat" (très vague). Il faut reconnaître que ce genre de proposition a plus de gueule que la volonté de l'actuel Président d'instaurer une "présomption de légitime défense" pour les policiers...

Et puis, parce que "Petites phrases et grandes idées" a bien fait ses devoirs, voilà une troisième bonne nouvelle. Pour la première fois depuis sa création, le Tribunal pénal international de La Haye a reconnu coupable un ancien chef d'Etat. En l'occurence, il s'agit de l'ex-Président du Libéria Charles Taylor, adepte du génocide, du cannibalisme et surnommé "superglue" pour sa propension à attirer l'argent détourné. Après des années d'instruction, Taylor a donc été reconnu, hier, coupable de onze chefs d'accusation. Dans quelques mois, il saura à quelle peine il aura droit. En attendant, à nous de savourer l'utilité enfin établie du TPE de La Haye, qui avait perdu beaucoup de crédibilité avec la mort de Slobodan Milosevic.