12-copie-2C'était une des petites saillies du one-man-show sarkozyste, tendance comique troupier : "comment ai-je pu oublier que François Hollande a privatisé le 1er-mai ? " Rires dans la salle. Ah. Bien sûr, le socialiste est l'adversaire du Président au second tour de la présidentielle. Mais pour ce qui est de la fameuse polémique autour du 1er-mai, le candidat du PS est plutôt en retrait. Depuis les résultats de dimanche dernier, Sarkozy cherche l'affontement à tout prix et Hollande l'évite absolument. Or, en voulant instaurer son rassemblement pour célébrer "le vrai travail", ce n'est pas à son adversaire que le candidat s'oppose frontalement.

D'abord, il y a la tradition. Celle qui veut que les syndicats se rassemblent en ce jour pour rappeler leurs revendications majeures. Selon le site-à-prendre-avec-des-pincette Wikipédia, "l'origine de cette célébration serait liée à la fois au mouvement syndical lancé le 1er-mai 1886 en faveur de l'instauration de la journée de huit heures aux États-Unis et qui culmina avec le massacre de Haymarket Square de Chicago ainsi qu'en France, à la fusillade de Fourmies de 1891 au cours de laquelle l'armée tire sur des grèvistes pacifistes". Outre le jour férié, donc, cette date est éminemment symbolique pour les syndicats et ce n'est donc pas une surprise de les voir hurler leur indignation lorsque le Président de la République, parole de l'Etat, symbole de l'unité nationale, appelle à un rassemblement pour le "vrai travail". Conception qu'il définit comme tel : "Le vrai travail, c’est celui qui a construit toute sa vie sans rien demander à personne, qui s’est levé très tôt le matin et s’est couché très tard le soir, qui ne demande aucune félicitation, aucune décoration, rien". Ou encore : "Le vrai travail, c’est celui qui qui dit "toute ma vie, j’ai travaillé, j’ai payé mes cotisations, j’ai payé mes impôts, je n’ai pas fraudé, et au moment de mourir je veux laisser tout ce que j’ai construit à mes enfants sans que l’Etat vienne se servir". Mais qu'il est rassembleur, ce Président-candidat, qui oppose donc le "vrai travail" à "l'assistanat" ! Si d'aventure il venait à être réélu, on aimerait être une petite souris pour voir quel genre de dialogue social le Président sortant entend installer. En attendant, la CGT, en réaction, a appelé à ce que Sarkozy soit "battu dans les urnes". Et ce dernier de s'indigner, à son tour, contre cette prise de position politique d'un syndicat. La grosse ficelle a encore fonctionné, mais elle est à double tranchant.

 

Caresser le FN pour mieux le détrousser

 

Car le 1er-mai n'est pas que le rassemblement traditionnel de l'intersyndicale. C'est aussi le jour où le Front national commémore Jeanne d'Arc. Celle-ci serait née en janvier 1412 et morte le 30 mai 1431, on ne voit donc pas bien pourquoi le parti d'extrême-droite choisit cette date en particulier. Si ce n'est, mais oserait-on l'imaginer ?, pour pourrir le rassemblement des syndicats... Toujours est-il que s'il est bien deux entités pour lesquelles la date du 1er mai est sacrée, ce sont bien les syndicats et le Front national. Or, il s'agit là de relais importants de l'électorat populaire dont Sarkozy veut se faire le chantre. Certes, il entend également combattre les "corps intermédiaires" (et la une de l'Humanité, hier, comparait ce positionnement à celui du maréchal Pétain), mais aller titiller l'intersyndicale et le FN en organisant une contre-manifestation, c'est non seulement curieux, mais très dangereux pour lui.

Car il est bien entendu que le candidat UMP drague l'électorat frontiste. Jusqu'ici, on imaginait bien Sarkozy les rallier à lui en flattant le Front. Et, de fait, il l'a fait en partie. Mais on voit poindre une autre stratégie : celle d'arracher le votant à son parti d'attache en lui donnant un alternative. En gros, non seulement dire que l'électeur FN a eu raison, mais aussi lui dire que maintenant, au second tour, il n'a besoin de changer son vote parce qu'il a le clone de Marine Le Pen devant lui. C'est très risqué car cela revient à se concentrer sur ceux qui se sont portés sur l'extrême-droite par colère ou rejet et se priver délibérément des véritables adhérents du discours lepéniste. D'autant qu'un électeur de protestation aura bien du mal à vouloir reconduire le Président sortant.

En gros, et sans s'attarder sur l'immoralité de la stratégie sarkozyste, le candidat UMP est très en retard, a quasiment élection gagnée et fait exactement l'inverse de ce qu'il avait fait jusque-là. En effet, "Petites phrases et grandes idées" a souvent loué les qualités de candidat du Président, lequel parvient à arracher 26% des voix dans un contexte de crise et avec un bilan lamentable. En revanche, son second tour est, pour l'instant, totalement raté. Ses ficelles sont trop grosses, son discours énerve et, à trop vouloir se rapprocher de Marine Le Pen, il perd ses soutiens centristes. Mais, après tout, cela n'est pas si grave car, d'après une étude de cette semaine, 64% des électeurs UMP sont pour un accord électoral avec le FN aux législatives. A partir de là...