06_05-La-place-de-la-Bastille-est-noire-de-monde-apres-la-victoire-de-Francois-Hollande_-930620_scalewidth_630Ainsi donc, François Hollande est le nouveau Président le République élu. En vrai, il ne le sera que le 15 mai, mais c'est un détail. Sans surprise, il a donc battu Nicolas Sarkozy même si l'écart final est plus mince qu'attendu (un tout petit peu plus d'un millions de voix). Un constat doit donc être fait, un constat alarmant qui fait froid dans le dos : le candidat de l'UMP a glané des voix entre les deux tours, et refait une partie de son retard. Cela signifie que ses partisans du premier tour ne lui ont pas reproché son virage droitier, qu'une quantité non négligeable de frontistes ont reporté leur voix sur lui et qu'une partie du centre l'a choisi.

Arrêtons-nous quelques secondes là-dessus. Il apparaissait déjà surprenant de voir les tenants du gaullisme historique laisser leur parti à un libéral atlantiste. Le voir dégommer la France, droitiser encore plus la droite et adopter un style présidentiel franchement outrancier par moment n'a pas choqué les 26% d'électeurs qui l'ont choisi au premier tour. Et enfin le voir attaquer syndicats, immigrés, avortement et autres joyeusetés entre les deux tours, draguant ouvertement les voix du FN n'a, là non plus, semblé choquer personne. En gros, Nicolas Sarkozy aurait pu dire ce qu'il veut, absolument ce qu'il veut, les pires saloperies, il aurait obtenu un score honorable. De plus, les électeurs du FN, dont on dénonçait le vote le colère, la volonté de ruer dans les brancards, de changer les choses, se sont massivement reportés sur le Président sortant ! Est-ce qu'on peut maintenant commencer à se demander si le vote FN n'est pas un vote d'adhésion aux idées du parti d'extrême-droite ? On a prêté à ces électeurs une volonté de "faire bouger les choses" et les voilà qui vont comme un seul Homme voter pour le premier à promettre les mêmes horreurs racistes et xénophobes que leur championne. Qu'on le sache et que l'on ne l'oublie pas : les électeurs de Marine Le Pen sont idéologiquement liés à leur candidate. Le fameux "vote de crise", s'il existe, est ultra minoritaire.

Un léger mot sur le report des voix centristes. Majoritairement, les électeurs du Modem ont choisi Nicolas Sarkozy. En gros, ils ont préféré voter pour un candidat qui frayait ouvertement avec l'extrême-droite et dont le bilan parlait pour lui, plutôt que pour l'éternelle peur des rouges, des chars communistes qui rentrent dans Paris et des bolchéviques qui mangent des enfants. Désespérant de voir à quel point ce genre d'argument marche encore.

Dernier point là-dessus : plus de 6% de votes blancs et nuls. C'est un record. Et ce n'est pas une bonne nouvelle pour les deux partis majoritaires, y compris pour le nouveau Président qui devra bien trouver un moyen de convaincre ces électeurs-là.

 

Sarkozy, beau perdant

 

Mais ce dimanche, c'est finalement François Hollande qui l'a emporté. "Le favori de janvier n'est jamais le vainqueur de mai", entendait-on. Raté, le socialiste aura été le leader dans les sondages du début à la fin. Et sa campagne basée sur la normalité et tout ce que Sarkozy n'est pas a finalement touché juste. Il y a deux ans encore, personne ne croyait en ses chances et, à un accident de Sofitel près, il n'aurait probablement même pas remporté la primaire socialiste. Mais l'Histoire est ainsi faite et, franchement, avec du recul, c'est sans doute mieux ainsi.

Ce dimanche soir n'aura donc pas été comme les autres, ni même comme les autres seconds tours. Ainsi, François Hollande a réservé son premier discours de Président élu à sa ville de Tulle. L'homme sait d'où il vient et cela avait un côté rafraîchissant de voir une première allocution prononcée depuis la province (même si "la vie en rose" à l'accordéon par le président du conseil régional, c'était sans doute un peu trop terroir...). Naturellement, le contenu était une série de figures imposées, mais le nouveau Président a parlé de service public, d'égalité homme-femme et de jeunesse. La gauche au pouvoir, en somme. Pendant ce temps, place de la Bastille, des dizaines de milliers de personnes envahissaient les lieux et pouvaient assister à un concert. L'homme de la soirée n'est arrivé qu'à minuit et demie, mais ils étaient toujours nombreux à l'avoir attendu.

A quelques centaines de mètres de là, à la Mutualité, Nicolas Sarkozy n'avait pas attendu longtemps pour prononcer son allocution. Aux alentours de 20 heures 40, le toujours-Président a pris la parole pour prononcer sans doute le plus digne et le plus présidentiel de ses discours. C'en était presque désarmant, et de là à dire que le voilà soulagé de ne plus être à l'Elysée, il n'y a qu'un pas... En tous cas, Sarkozy s'est montré curieusement beau perdant et, si cela ne suffit pas à effacer une campagne et un entre-deux tours absolument nauséabonds, il aura au moins soigné son discours de défaite.

Côté plateau, les éléments de langage étaient absolument limpides. Les responsables de gauche avaient consigne de jubiler dans la retenue, la gravité et la mesure des responsabilités qui sont les leurs. A droite, on se devait de "féliciter de manière tout à fait républicaine" le vainqueur avant d'appeler les Français à ne pas donner la majorité législative au PS afin que "la gauche n'ait pas tous les pouvoirs dans le pays". Et en quoi cela serait une mauvaise chose ? Et puis, l'UMP étant l'UMP, quelques graines de mauvaise foi ont germé ici et là. Henri Guaino a dit que la décision du peuple de France était "nécessairement la bonne" avant de dire que l'élection d'Hollande était "une erreur". OK. Nadine Morano a trouvé gênant qu'il y ait tant de drapeaux étrangers place de la Bastille. Argument que Nicolas Domenach s'est amusé à démonter dans "la nouvelle édition" d'hier en montrant que, lors des élections de Sarkozy en 2007 et de Chirac en 2002, les mêmes drapeaux étaient de sortie. Jean-François Copé a estimé que si Nicolas Sarkozy a perdu, c'est à cause du Front national qui aurait implicitement appelé à voter Hollande. Et le même de rappeler qu'il existe "depuis François Mitterrand", "une alliance tacite entre les socialistes et l'extrême-droite pour faire battre la droite". Bon, là, on est déjà nettement moins bon perdant...

Enfin bon, ce dimanche soir était évidemment historique. De ces jours dont beaucoup se rappelleront longtemps, de la manière qui lui est propre. C'est la fin d'une campagne qui a véritablement commencé avec la désignation de François Hollande comme candidat socialiste, le 16 octobre dernier. Le lendemain, "Petites phrases et grandes idées naissait"...