2c00c79a8063f91623e461a0eb58d276-0Ils fleurissent un peu partout dans les villes, étalés sur des affiches gigantesques à côté des visages qui doivent les porter. Les slogans des 10 candidats changent souvent, mais la plupart sont désormais ancrés. Et comme il ne reste qu'un mois tout pile pour convaincre les électeurs, changer de phrase choc est devenu impossible. Cependant, dans ce domaine, l'inspiration des aspirants à l'Elysée n'est pas la même. Les moyens non plus. Tous n'ont pas les moyens, ou même l'envie, de mobiliser une grande agence de communication pour pondre un slogan parfois bien fadasse.

Ainsi, on peine à trouver chez Nathalie Arthaud et Philippe Poutou, soit deux des quatre candidats les plus bas dans les sondages, et les deux situés les plus à gauche, cette fameuse phrase choc. La première préfère développer un court argumentaire sur ses affiches et tract, tout en indiquant clairement qu'elle est "une candidate communiste". La méthode est louable, mais guère efficace. On imagine mal un passant s'arrêter devant une affiche et y lire 15 lignes, si pertinentes soient-elles. C'est triste, mais c'est ainsi. Philippe Poutou utilise la même technique, mais reprend assez souvent la phrase culte du NPA : "Nos vies valent plus que leurs profits". L'extrême gauche semble ainsi vouloir convaincre les électeurs avec des arguments plutôt que des slogans.

On trouve également, sur ce thème, un point commun entre Nicolas Sarkozy, François Bayrou, Nicolas Dupont-Aignan et Marine Le Pen. Il s'agit de l'appel à "la France". Tous trois semblent croire dur comme fer au sentiment national, à même de fédérer les soutiens. Ainsi, le Président sortant se présente avec "la France forte". Très sobre, voire un peu plat, mais très présidentiel. Gros problème, cependant : il rappelle beaucoup la "force tranquille" de Mitterrand. Chez François Bayrou, on a changé de direction. La campagne avait commencé avec : "un pays uni, rien ne lui résiste". Mais devant les difficultés du centriste à décoller dans les sondages, son équipe a changé de direction, ou en tous cas évolué, vers un thème transformé en slogan : "La France solidaire". Là encore, c'est pas forcément du Verlaine, mais ces petites accroches confèrent toujours à leurs candidats une aura indéniable. Marine Le Pen, de manière moins surprenante, invoque la nation dans chacun de ses deux slogans. Ainsi, sa campagne est basée sur : "La voix du peuple, l'esprit de la France". Plutôt efficace et rassembleur. En revanche, sa nouvelle affiche de campagne la représente dans une pose résolument sympathique avec, au-dessus de sa tête, ces mots "Oui ! La France !"... Alors autant le premier est très bon, totalement en accord avec la philosophie qu'entend se donner le Front national, autant ce second est indescriptible. De (courte) mémoire, jamais "Petites phrases et grandes idées" n'avait vu pire slogan. Ils auraient tout autant pu mettre "La France" tout court, ç'aurait toujours été mieux. Enfin, Nicolas Dupont-Aignan y a mis le temps, mais a fini par trouver quelque chose. Il en semble tellement fier, d'ailleurs, que le slogan en question ne figure pas sur son site, ni sur son blog. Bref, Dupont-Aignan partira avec "Pour une France libre". Gaulliste à souhait et très en accord avec son souverainisme assumé. Bref, plutôt un bon slogan pour le député, qu'il gagnerait à afficher plus ouvertement.

 

Changements et révolutions

 

Il en reste donc quatre. Deux d'entre-eux se situent sur la même ligne : celle d'une forme de rupture, de volonté de changement. Et, de fait, c'est la ligne directrice du slogan de François Hollande : "La changement, c'est maintenant". Pour mémoire, Ségolène Royal, il y a cinq ans, avait choisi "Pour que ça change fort". Une forme de continuité, donc, chez les socialistes, même si l'un comme l'autre des slogans ne sont pas historiquement bons. On peut noter, cependant, que la phrase choc d'Hollande a été efficacement matraquée, si bien qu'elle résonne dans les têtes. De son côté, l'ami Jacques Cheminade est sur la même ligne. Avec un peu plus de punch dans le verbe, il illustre sa campagne avec "le sursaut". Simple, court et plutôt efficace, quelque chose comme une révolution raisonnée sort de ce slogan. Beaucoup de mal a été dit de Cheminade ici même, alors saluons ce séduisant "sursaut" dont il se promet le chantre.

Eva Joly se distingue de ses adversaires par une ligne qu'elle seule peut décemment incarner. Ainsi, elle part avec "L'écologie, la solution". Evidemment, on retrouve là le thème principal de sa campagne et de son parti. La candidate d'EELV ne pouvait pas ne pas le mentionner. Cependant, ce qui est intéressant dans ce slogan demeure dans la deuxième partie : "la solution". Ainsi, elle ne se pose pas en ayatollah de l'écologie à tout prix, mais la vante comme une issue à la sortie de crise. Et là, son programme prend une toute autre ampleur. Il s'agit peut-être du meilleur slogan de cette campagne, car il permet à sa candidate d'assumer son positionnement idéologique tout en répondant à l'attente la plus forte des électeurs : sortir de la crise.

Enfin, Jean-Luc Mélenchon s'est, un peu comme Bayrou, adapté à la situation. Voyant sa côte grimper inexorablement, il a radicalisé son discours, promettant des insurrections et reconstituant la prise de la Bastille. Ainsi, son slogan du moment (et celui qui devrait rester jusqu'au bout) est : "Pour une révolution citoyenne". Clairement, le candidat du Front de gauche entend rester sur le registre révolutionnaire, celui qui semble le plus payer pour lui. C'est très radical mais il oblige ainsi le PS à rester bien à gauche. Mais ceci est une autre histoire.

Les slogans ne font pas une élection, c'est évident. Mais il convient de rappeler qu'ils ont tout de même une certaine importance. François Mitterrand a marqué beaucoup de points avec sa "force tranquille" en 1981. Giscard, en revanche, a sorti de son chapeau une nullité absolue : "Il faut un Président à la France". C'était mauvais, il a perdu. Peut-être que les slogans n'ont rien à voir là-dedans. Mais dans une élection de cette importance, rien ne doit être laissé au hasard...