Petites phrases et grandes idées

09 mai 2012

De savoir s'arrêter...

clap_fin_1_Comme précisé dans l'article d'hier, "Petites phrases et grandes idées" est né au lendemain de la désignation de François Hollande comme candidat socialiste à l'élection présidentielle. Ce n'est donc que pure logique si ce site arrête son activité aujourd'hui, trois jours après l'élection du même François Hollande, avec ce 147e et dernier article. Naturellement, il n'a jamais été question ici de monter quelque comité de soutien au nouveau Président. Si une ligne idéologique a transparu clairement des lignes écrites ici, c'est bien celle de la haine de Nicolas Sarkozy. Pour le reste, "Petites phrases et grandes idées" a essayé d'aborder une logique et une objectivité maximales. Avec quelques échecs dans ce domaine, convenons-en...

Pour autant, ce blog aura essayé de commenter l'actualité avec une passion, espérons-le, communicative. Quiconque s'intéresse un tant soit peu à la politique ne peut qu'être animé d'une ferveur intense durant une élection présidentielle. On aura beaucoup reproché à celle-ci de de ne pas être intéressante. Naturellement, à y regarder de plus près, il n'en était rien.

Les stratégies de Sarkozy, la montée en puissance de Mélenchon, la surprise Le Pen, l'inconnue Cheminade, les médias exaspérant, l'affaire Merah, la viande halal, toute cette campagne aura été remplie de curiosités, de nouveautés et, finalement, d'intérêt. Bien sûr, si parler résorption de la dette, finances publiques ou politique européenne ne vous fascine pas, 2012 sera un cru à oublier. Autrement, il serait d'une parfaite mauvaise foi que d'affirmer que cette campagne était inintéressante. Surtout qu'au final, elle a accouché d'une élection extrêmement intéressante, portant à l'Elysée un Président opposé en tous points à son prédécesseur. Espérons que ses résultats le seront aussi.

Voilà, du 17 octobre à aujourd'hui, beaucoup de choses se seront passées, la plupart analysées ici. Si la qualité des articles proposés n'était pas toujours à la hauteur, "Petites phrases et grandes idées" s'en excuse. Mais l'auteur de ces textes a toujours souhaité apporter une plus-value au traitement ultra-massif de la campagne et de la vie politique en général. En espérant que vous aurez été satisfaits de ce que vous avez pu trouver ici.

L'auteur s'en va vaquer à sa deuxième activité favorite : l'écriture de livres que personne ne lit. Continuez à suivre la politique et, qui sait ?, peut-être rendez-vous dans cinq ans !

Merci à tous, en tous les cas. C'est avec beaucoup de plaisir que "Petites phrases et grandes idées" a pu constater que le nombre de lecteur a augmenté à mesure que la campagne avançait (un peu plus de 6700 à l'heure de la parution de ce texte) et c'est également toujours agréable d'avoir un petit commentaire ici et là, même s'il s'agit d'une critique.

Encore merci et bonne chance à François Hollande. Il en aura besoin !

08 mai 2012

D'un dimanche soir pas comme les autres

06_05-La-place-de-la-Bastille-est-noire-de-monde-apres-la-victoire-de-Francois-Hollande_-930620_scalewidth_630Ainsi donc, François Hollande est le nouveau Président le République élu. En vrai, il ne le sera que le 15 mai, mais c'est un détail. Sans surprise, il a donc battu Nicolas Sarkozy même si l'écart final est plus mince qu'attendu (un tout petit peu plus d'un millions de voix). Un constat doit donc être fait, un constat alarmant qui fait froid dans le dos : le candidat de l'UMP a glané des voix entre les deux tours, et refait une partie de son retard. Cela signifie que ses partisans du premier tour ne lui ont pas reproché son virage droitier, qu'une quantité non négligeable de frontistes ont reporté leur voix sur lui et qu'une partie du centre l'a choisi.

Arrêtons-nous quelques secondes là-dessus. Il apparaissait déjà surprenant de voir les tenants du gaullisme historique laisser leur parti à un libéral atlantiste. Le voir dégommer la France, droitiser encore plus la droite et adopter un style présidentiel franchement outrancier par moment n'a pas choqué les 26% d'électeurs qui l'ont choisi au premier tour. Et enfin le voir attaquer syndicats, immigrés, avortement et autres joyeusetés entre les deux tours, draguant ouvertement les voix du FN n'a, là non plus, semblé choquer personne. En gros, Nicolas Sarkozy aurait pu dire ce qu'il veut, absolument ce qu'il veut, les pires saloperies, il aurait obtenu un score honorable. De plus, les électeurs du FN, dont on dénonçait le vote le colère, la volonté de ruer dans les brancards, de changer les choses, se sont massivement reportés sur le Président sortant ! Est-ce qu'on peut maintenant commencer à se demander si le vote FN n'est pas un vote d'adhésion aux idées du parti d'extrême-droite ? On a prêté à ces électeurs une volonté de "faire bouger les choses" et les voilà qui vont comme un seul Homme voter pour le premier à promettre les mêmes horreurs racistes et xénophobes que leur championne. Qu'on le sache et que l'on ne l'oublie pas : les électeurs de Marine Le Pen sont idéologiquement liés à leur candidate. Le fameux "vote de crise", s'il existe, est ultra minoritaire.

Un léger mot sur le report des voix centristes. Majoritairement, les électeurs du Modem ont choisi Nicolas Sarkozy. En gros, ils ont préféré voter pour un candidat qui frayait ouvertement avec l'extrême-droite et dont le bilan parlait pour lui, plutôt que pour l'éternelle peur des rouges, des chars communistes qui rentrent dans Paris et des bolchéviques qui mangent des enfants. Désespérant de voir à quel point ce genre d'argument marche encore.

Dernier point là-dessus : plus de 6% de votes blancs et nuls. C'est un record. Et ce n'est pas une bonne nouvelle pour les deux partis majoritaires, y compris pour le nouveau Président qui devra bien trouver un moyen de convaincre ces électeurs-là.

 

Sarkozy, beau perdant

 

Mais ce dimanche, c'est finalement François Hollande qui l'a emporté. "Le favori de janvier n'est jamais le vainqueur de mai", entendait-on. Raté, le socialiste aura été le leader dans les sondages du début à la fin. Et sa campagne basée sur la normalité et tout ce que Sarkozy n'est pas a finalement touché juste. Il y a deux ans encore, personne ne croyait en ses chances et, à un accident de Sofitel près, il n'aurait probablement même pas remporté la primaire socialiste. Mais l'Histoire est ainsi faite et, franchement, avec du recul, c'est sans doute mieux ainsi.

Ce dimanche soir n'aura donc pas été comme les autres, ni même comme les autres seconds tours. Ainsi, François Hollande a réservé son premier discours de Président élu à sa ville de Tulle. L'homme sait d'où il vient et cela avait un côté rafraîchissant de voir une première allocution prononcée depuis la province (même si "la vie en rose" à l'accordéon par le président du conseil régional, c'était sans doute un peu trop terroir...). Naturellement, le contenu était une série de figures imposées, mais le nouveau Président a parlé de service public, d'égalité homme-femme et de jeunesse. La gauche au pouvoir, en somme. Pendant ce temps, place de la Bastille, des dizaines de milliers de personnes envahissaient les lieux et pouvaient assister à un concert. L'homme de la soirée n'est arrivé qu'à minuit et demie, mais ils étaient toujours nombreux à l'avoir attendu.

A quelques centaines de mètres de là, à la Mutualité, Nicolas Sarkozy n'avait pas attendu longtemps pour prononcer son allocution. Aux alentours de 20 heures 40, le toujours-Président a pris la parole pour prononcer sans doute le plus digne et le plus présidentiel de ses discours. C'en était presque désarmant, et de là à dire que le voilà soulagé de ne plus être à l'Elysée, il n'y a qu'un pas... En tous cas, Sarkozy s'est montré curieusement beau perdant et, si cela ne suffit pas à effacer une campagne et un entre-deux tours absolument nauséabonds, il aura au moins soigné son discours de défaite.

Côté plateau, les éléments de langage étaient absolument limpides. Les responsables de gauche avaient consigne de jubiler dans la retenue, la gravité et la mesure des responsabilités qui sont les leurs. A droite, on se devait de "féliciter de manière tout à fait républicaine" le vainqueur avant d'appeler les Français à ne pas donner la majorité législative au PS afin que "la gauche n'ait pas tous les pouvoirs dans le pays". Et en quoi cela serait une mauvaise chose ? Et puis, l'UMP étant l'UMP, quelques graines de mauvaise foi ont germé ici et là. Henri Guaino a dit que la décision du peuple de France était "nécessairement la bonne" avant de dire que l'élection d'Hollande était "une erreur". OK. Nadine Morano a trouvé gênant qu'il y ait tant de drapeaux étrangers place de la Bastille. Argument que Nicolas Domenach s'est amusé à démonter dans "la nouvelle édition" d'hier en montrant que, lors des élections de Sarkozy en 2007 et de Chirac en 2002, les mêmes drapeaux étaient de sortie. Jean-François Copé a estimé que si Nicolas Sarkozy a perdu, c'est à cause du Front national qui aurait implicitement appelé à voter Hollande. Et le même de rappeler qu'il existe "depuis François Mitterrand", "une alliance tacite entre les socialistes et l'extrême-droite pour faire battre la droite". Bon, là, on est déjà nettement moins bon perdant...

Enfin bon, ce dimanche soir était évidemment historique. De ces jours dont beaucoup se rappelleront longtemps, de la manière qui lui est propre. C'est la fin d'une campagne qui a véritablement commencé avec la désignation de François Hollande comme candidat socialiste, le 16 octobre dernier. Le lendemain, "Petites phrases et grandes idées naissait"...

07 mai 2012

De savoir en profiter un peu...

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Sans titre

Laquelle de ces deux images fait le plus plaisir à voir ? 

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04 mai 2012

De vous à moi

lettreMonsieur le Président,

Ca ne durera peut-être plus très longtemps, mais vous êtes toujours le Président de la République. Je vous appellerai donc comme cela. J'ai eu envie de vous écrire car votre saga peut prendre fin ce dimanche. Ainsi, éventuellement, le décideront les Français. Mais votre place dans l'Histoire, elle, restera à déterminer.

Avant tout, je tiens à préciser que je n'ai pas voté pour vous. Ni cette année, ni en 2007. Je ne crois pas en vous. Votre phrasé, vos effets de manches, votre rhétorique n'ont aucun effet sur moi sinon de vous rendre ridicule à mes yeux. Et pourtant... Pourtant, quand vous avez été élu Président, j'ai voulu croire qu'une partie de votre programme n'était pas de la démagogie pure. Le bouclier fiscal, par exemple, me semblait correspondre à une certaine logique. Le projet a échoué, mais il ne me paraît pas absurde de l'avoir tenté. Comme quoi, malgré la détestable expérience de votre passage place Beauvau, j'ai voulu croire qu'il y avait un fond de sincérité dans votre volonté de gérer au mieux notre pays.

Nous sommes donc aujourd'hui à quelques petits jours de votre départ de l'Elysée. Bien sûr, rien n'est gravé dans le marbre et vous pouvez encore l'emporter. C'est très improbable, mais c'est possible. J'ignore encore comment vous êtes capable de rassembler près de la moitié du corps électoral après les cinq années que nous venons de vivre. François Hollande s'échine à essayer de démontrer votre responsabilité dans la hausse du chômage, dans l'explosion de la dette, dans la deliquescence de l'Europe. C'est une chose. Quant à moi, c'est un autre message que j'entends porter à vos oreilles et, par extension, au corps politique. Si vous voulez bien, je le diviserai en deux parties.

Car il y a la politique, bien sûr, au sens de gestion presque philosophique du pays. Vous portez un projet, c'est indéniable, mais ce serait presque cela que je vous reprocherais. J'ai vu les postiers remplacer leurs collègues comme ils le pouvaient. J'ai vu les professeurs craquer psychologiquement et physiquement devant l'ampleur de leur travail. J'ai vu les hôpitaux publics et leurs queues interminables. La véritable question est la suivante : les avez-vous vus ? De votre tour d'ivoire du faubourg Saint-Honoré, ne bougeant qu'entouré de cars de militants et de compagnies de CRS, que voyez-vous de la France ? Je vous le dis, là où la République est la plus attendue, ce n'est pas sur les marchés ou dans les sommets européens : c'est dans les écoles, les hôpitaux, sur le terrain. Parce que ces fonctionnaires, que vous avez tant critiqué durant votre campagne et tant massacré durant votre mandat, ont besoin d'un patron qui les protège, qui les aide et qui leur donne les moyens d'accomplir correctement leur travail. Vous avez passé cinq années à désosser joyeusement le service public, si bien que l'on se demande si vous n'avez pas l'intention de revendre la France en pièces détachées à un fond d'investissement quelconque. La liste des massacres que vous avez commis est longue, et comptent également les planning familiaux (crédits coupés), les médicaments déremboursés ou encore, étonnant de votre part, la police.

Le deuxième point que je souhaitais aborder avec vous est pourtant bien plus grave. Car chacun pourra témoigner que le pire aspect de votre quinquennat aura été moral. Voyons, prenons les choses dans l'ordre. Il y a eu la soirée au Fouquet's. Puis le yacht de Bolloré. La période bling bling de 2007-2008. La rencontre et le mariage avec Carla Bruni qui vous a mis dans un état second. Les frasques d'Hortefeux, ministre de la République condamné pour "injures raciales" mais resté en poste. L'affaire George Tron, l'affaire MAM, la réception de Kadhafi. Les soupçons de financement occulte de la campagne d'Edouard Balladur en 1995, dont vous étiez le trésorier. Les mêmes soupçons autour de la campagne de 2007, via Liliane Bettencourt ou Kadhafi. Et puis la division, toujours, cette manière de systématiquement monter les Français les uns contre les autres. Le communautarisme, dont vous êtes le grand apôtre en France. Ne dites pas le contraire, ce serait ridicule. Les expulsions sommaires et injustes. La politique du chiffre alors que l'on parle de vies humaines. La visite au pape avec Bigard alors que vous craignez que le vote des étrangers aux élections locales ne brise la laïcité. Mais de quelle laïcité parle-t-on lorsque le Président de la République est chanoine de Latran ? Par pudeur, je ne mentionnerais que brièvement Bernard Laporte, Nadine Morano et Rachida Dati...

Ce seul constat suffirait pour donner envie à n'importe quel électeur de vous inviter à quitter votre poste à grands renforts de coups de pieds dans le train. D'ailleurs, vous avez l'insigne honneur d'être le premier Président de la Ve République briguant un second mandat à ne pas être arrivé en tête au premier tour. Ainsi, vous aviez le choix entre mener une campagne d'entre-deux tours digne et risquer d'être battu, ou ruer dans les brancards, racoler les voix du FN comme rarement cela s'est vu dans l'histoire de la droite française, tenir les propos les plus indignes, jeter la honte et le déshonneur sur la République que vous représentez toujours, diviser encore et toujours les Français, les subdiviser en rappelant leurs origines, les rediviser un peu plus en distinguant ceux qui travaillent vraiment et les autres, le tout en risquant tout autant de perdre. Vous avez montré en quelle estime vous teniez la fonction qui est la vôtre en n'hésitant pas à la traîner dans la boue juste pour conserver votre siège. Vous étiez un personnage minable, mauvais et dangereux. Vous êtes devenu embarrassant, détestable, ridicule et une honte pour quiconque se trouve obligé de dire aujourd'hui que vous êtes son Président.

Alors voilà ce que je voulais vous dire, monsieur le toujours Président de la République. Je ne me suis jamais senti particulièrement fier d'être Français. En tout cas, pas plus que je ne serais fier d'être Grec, Colombien ou Sri-Lankais. Pour moi, nous sommes avant tout des citoyens du monde. En revanche, si vous veniez à être réélu, je vous le dis sans ambages, j'aurais réellement honte d'être Français. Non seulement je considérerais l'éventualité de quitter ce pays, mais là où j'arriverais, je m'excuserais par avance d'être le compatriote de tant d'imbéciles, crédules et racistes. Mais tout ceci n'est qu'hypothétique.

Recevez, monsieur le Président, l'assurance de tout mon mépris et, franchement, de toute la haine que je suis capable de vouer à quelqu'un,

 

"Petites phrases et Grandes idées"

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03 mai 2012

De quoi discuter pendant des jours...

php3tPVwrSarkollande_05Quiconque a vécu la journée d'hier au rythme des radios et télévisions ne pouvait ignorer que ce mercredi soir était le théâtre du Superbowl, d'une finale de Coupe du Monde de foot et d'un concert de Madonna réunis : le débat d'entre-deux tours présidentiel. Tout a été passé au crible, de la température du studio à la distance entre les deux protagonistes, en passant par les trois (oui, trois !) réalisateurs.

En tout état de cause, la véritable information de cet avant-débat était un sondage, tombé opportunément dans la matinée, qui estimait entre 10 et 15% la proportion d'électeurs français susceptibles de changer leur vote en fonction du débat. C'est terrifiant. Après tous ces meetings, toutes ces matinales radios, tous ces plateaux télés, tous ces sujets dans les journaux, un électeur sur dix est susceptible de changer d'un candidat à l'autre en fonction de ce qu'il pourraient dire lors d'un débat. La différence entre les deux est donc si fine ? "Petites phrases et grandes idées" penche plutôt pour l'hypothèse qui veut que beaucoup trop de titulaires d'une carte d'électeur ont pas mal de flotte entre les oreilles.

Ainsi donc, à 21 heures, Nicolas Sarkozy et François Hollande étaient face-à-face avec, entre eux, Laurence Ferrari, David Pujadas et quelque chose comme 20 millions de téléspectateurs. On n'ose imaginer la pression... Détail amusant : les deux candidats arboraient tous deux un costume noir avec une cravate bleu foncé. Curieuse coïncidence qui veuille que le futur Président, qui qu'il soit, ait des goûts pourris en matière d'association de couleurs.

Bon, le débat commence, avec une petite introduction de chacun. D'entrée, le ton est offensif. Ceux qui craignaient un Chirac/Jospin 95 mollasson sont rassurés. Pas de nouveau Sarkozy/Royal 2007 non plus : le Président sortant veut en découdre est se trouve à 100 lieues de son calme olympien d'il y a cinq ans.

Premier thème : l'économie. Autour de l'emploi, du pouvoir d'achat et de la réduction des déficit, les premières escarmouches montrent une tension à couper au couteau. En 1995, l'ambiance était cordiale. En 2002, Royal se savait battue et Sarkozy était trop fort pour elle. Là, l'intensité est totale, les deux débatteurs sont très dangereux l'un pour l'autre et l'enjeu est réel. De fait, contrairement à sa stratégie de 2007, Sarkozy attaque le premier et marque des points sur l'emploi. C'est en voyant la qualité de son discours et l'excellence de la riposte de son adversaire que l'on réalise que ce débat-là est de très haut niveau. On a peine à imaginer un membre des partis respectifs résister plus de deux minutes à l'un des deux finalistes.

Economie, donc, où l'on retombe dans les travers habituels de cette élection qui nous fait parfois penser que, le 6 mai prochain, ce sera le prochain chancellier allemand que l'on élira. Nicolas Sarkozy manie avec habileté la comparaison flatteuse : quand ça l'arrange, il se mesure à l'Allemagne. Sinon, il pointe les exemples grec et espagnol. Mais les meilleures petites phrases viennent du candidat socialiste, avec notamment un échange savoureux :

"- C'est amusant, vous avez toujours l'air content de vous, lance Hollande.

- C'est un mensonge !

- Oh pardon, vous êtes très mécontent de vous".

Suite à cette petite gourmandise, Nicolas Sarkozy, irrité, répondra "on n'est pas dans un concours de petites phrases" et se verra rattrapé par ses tics nerveux. Durant la majeure partie du débat, le Président sortant, manifestement agacé, agitera les épaules et le cou comme aux plus belles heures de la place Beauvau. On le voit même réciter ses idées en lisant ses notes, déstabilisé par un Hollande très calme et s'amusant à le couper régulièrement. Du coup, Sarkozy revient aux fondamentaux et isole la France qui est soit "le seul pays au monde" où telle chose se passe, soit l'unique à ne pas appliquer la politique voulue par son adversaire. La recette est éculée, la méthode connue et elle agace beaucoup.

 

Et le dérapage sur DSK arriva...

 

Heureusement, la deuxième partie du débat va permettre au candidat sortant de se ressaisir, à la faveur de thèmes sur lesquels il est plus à l'aise. L'Europe, d'abord, où il a pu faire étalage de son expérience internationale, naturellement supérieure à celle de son rival. Néanmoins, ce dernier ne se démonte pas et prouve, une fois de plus, que le débat est nettement plus facile à aborder quand les sondages sont bons. Car Sarkozy a l'expérience, d'accord, mais il a aussi un bilan. Et le socialiste va appuyer autant que possible sur la supériorité présumée de l'Allemagne sur la France, ainsi que sur la soumission de Sarkozy à Merkel. Ce que ce dernier va réfuter mais l'essentiel, ici comme ailleurs, étant bien que le Président sortant doive défendre son bilan. Expérience contre bilan contestable, c'est finalement toute la stratégie de Nicolas Sarkozy lors de ce débat. François Hollande, lui, peut bien promettre des lendemains qui chantent, force est de constater que lui, on peut le croire sur parole.

Et puis, le gros thème attendu par tous, celui qui, d'après l'activité "twittesque" mesurée on ne sait comment, a été le plus suivi et de loin le plus favorable à Nicolas Sarkozy : l'immigration. D'entrée, on a senti le socialiste moins goguenard, moins à l'aise sur une thématique qui le coince presque caricaturalement entre son électorat naturel et celui dont il a besoin pour dimanche. Ainsi, Hollande a péniblement égrené son programme pour combattre l'immigration illégale en tentant de mettre le candidat de l'UMP face à diverses contradictions. A y regarder de près, la plupart des arguments du socialiste mériteraient que l'on s'y arrête, mais il était écrit que ce thème était pour le Président. Objectivement, "Petites phrases et grandes idées" n'a pas trouvé un candidat plus convaincant sur le thème que l'autre, mais puisque les gens "in" de twitter ont trouvé que si, admettons. Retenons du débat sur ce thème que Nicolas Sarkozy a grossièrement reformulé un engagement de François Hollande sur les centres de rétention, et que ce dernier a joué plus défensif face à un adversaire totalement décomplexé. Ainsi, le Président-candidat fait bien la différence entre les immigrés européens et ceux d'Afrique. L'indignité dans ce thème était attendue : elle est au rendez-vous.

Après un léger crochet par le nucléaire qui ne laissera pas de traces dans l'Histoire, et un point sur les question internationales qui ont essentiellement tourné autour du retrait des troupes françaises d'Afghanistan, le dernier grand thème aura tourné autour du "style présidentiel". Pour le coup, l'avantage était clairement du côté de François Hollande qui pouvait appuyer là où cela faisait mal, à savoir sur les débordements d'un Président qui aura été tour à tour celui des riches, bling-bling et communautariste. Et c'est peu dire que, sur la foi de cette seule thématique, François Hollande a démontré qu'il avait largement le niveau pour rivaliser en débat avec Nicolas Sarkozy. Il s'est d'abord fendu d'une séquence absolument culte sur le mode "Moi, Président de la République...", qu'il aura répété 16 fois, y ajoutant chaque fois une petite pique ou une grande mandale à son adversaire. Lequel s'est trouvé tellement dans les cordes qu'il n'a rien trouvé de mieux que de renvoyer Hollande au bilan présidentiel de... François Mitterrand ! Mort en 1996 donc... Se défendant d'avoir été un Président partisan, Sarkozy en a perdu ses mots, qualifiant Hollande de "petit calomniateur" (SIC) ! La tension a atteint un tel degré que, systématiquement renvoyé dans les cordes par un adversaire exceptionnellement habile, Nicolas Sarkozy a ressorti son argument massue, d'une classe inqualifiable "je ne recevrai pas de leçon d'une gauche qui voulait porter avec enthousiasme monsieur Strauss-Kahn aux affaires". Riposte immédiate de François Hollande : "ce n'est pas moi qui l'ai installé à la tête du FMI". Décidément, le boss de la corrèze a un sacré sens de la répartie. La suite a été très confuse, Sarkozy accusant Hollande de mieux le connaître que lui, Hollande répondant qu'il ne pouvait pas connaître sa vie privée et le candidat UMP finissant par adresser cette drôle d'invective à son rival : "Ponce-Pilate"...

Les conclusions des deux protagonistes auront été symptomatiques, elles aussi. François Hollande terminait l'émission (72 minutes de temps de paroles chacun, quand même !) en s'adressant aux Français et en leur expliquant pourquoi il était le Président qu'il leur fallait. Nicolas Sarkozy, lui, a choisi de finir son propos en attaquant encore son adversaire. Ou comment distinguer un candidat qui ne perd pas de vue son objectif d'un autre qui a compris qu'il n'aura pas su faire la différence lors de ce débat. Sans le dernier thème sur le "style présidentiel", on aurait pu renvoyer les jouteurs dos à dos. Ce qui, en soit, aurait déjà constitué une défaite pour Nicolas Sarkozy qui promettait d'écraser son adversaire. Mais avec le dérapage présidentiel sur DSK et la tirage enlevée d'Hollande, on peut sans trop s'avancer dire que, des deux, c'est le socialiste qui a le plus tiré son épingle du jeu.

P.S.: Laurence Ferrari était habillée en noir et David Pujadas portait un cravate bleue. Sinon, nos deux plantes vertes ont passé une très bonne soirée. Elles n'ont même pas baillé. Bravo à eux.

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