duelAn de grâce 2012. La guerre de France en est sans doute à ses dernières heures. Le roi Sarkozy et son rival Hollande se rendent coups pour coups et la bataille du 1er-Mai n'aura pas dérogé à la règle.

De puis toujours, cette date est un symbole pour les alliés du sieur Hollande, le petit peuple revendicateur qui essaye, ce jour-ci, d'étaler sa force et rappeler sa condition précaire. S'il les soutient dans leur démarche, l'opposant à la couronne n'était pas de la bataille. Considérant sans doute que sa place n'était pas au milieu de ses bannerets ou désireux de leur laisser la vedette, il s'en est allé se recueillir sur la tombe de Pierre Bérégovoy, ancien camarade de lutte tombé un 1er mai.

En ce jour que l'Histoire regardera sans doute, un jour, comme une honte absolue sur le territoire de France, c'est Marine Le Pen qui s'est illustrée la première. Voilà des années qu'elle essaye, tant bien que mal, de récupérer à son compte cette date. Très courtisée pour le roi, la blonde guerrière souhaite néanmoins demeurer fidèle à ses valeurs d'indépendance et de solitude. En ce jour, alors que son armée totalisait bien plus que les 5000 soldats de l'année précédente, elle a rappelé de manière tonitruante que jamais elle ne s'allierait avec le roi, pas plus qu'avec son opposant premier. Sûre de son fait, elle promît une victoire finale à ses troupes, sous le regard approbateur de son père, ancien jouteur sur le retour devenu gâteux. Lors de la bataille finale, le 6 mai, elle ne soutiendra aucune armée. Ses troupes resteront vierges d'engagement et continueront de lutter pour bouter hors du royaume tout ce qui ne ressemble pas, de près ou de loin, à un Français de 19e génération.

 

Un roi acculé

 

De son côté, le roi avait décidé d'affronter les alliés du sieur Hollande sur leur propre terrain. Lui qui excelle d'ordinaire dans les lieux préparés et sur des terrains connus s'est risqué dans la rue, auprès du bon peuple du XVIe arrondissement de Paris. Persuadé que les bannerets d'Hollande ne sont que des imposteurs, râlant contre des conditions de travail en réalité excellente, le monarque Sarkozy a choisi de réunir autour de lui ceux qui croient au "vrai travail". Plus tôt dans la journée, son bouffon, Guillaume de Peltier, avait lancé quelques provocations à l'endroit de ses adversaires. "Il y a la France du travail, qui ne demande jamais rien, et les fonctionnaires privilégiés et protégés. Je ne les oppose pas, mais c'est un constat", a-t-il clamé. La rupture semble donc consommée entre ce roi, pourtant patron direct desdits fonctionnaires, et les représentants des travailleurs. Au temps pour sa volonté de se montrer "rassembleur".

Sans doute un peu déçus par le refus de Marine Le Pen de se joindre à eux, les partisans du roi se sont néanmoins massés en nombre pour répondre aux escarmouches des armées adverses. "200000 personnes", a assuré le général Copé, probablement mal réveillé. Ls observateurs indépendants, eux, ont salué une foule massive, mais inférieure à celle rassemblée le 15 avril précédent, place de la Concorde. Ce jour-là, les loyalistes avaient avancé le chiffre de 100000 personnes.

Le roi, finalement, prit la parole pour quelque 35 minutes d'un discours voué à une seule chose : ramener à lui un maximum de partisans de la rebelle Le Pen, en leur tenant un discours qu'ils aiment entendre et en jouant sur leur haine des alliés du traître Hollande. "Les tribus et le communautarisme, nous n'en voulons pas !", a tonné le souverain, jouant là la partition du protecteur du peuple et de sa prétendue identité pure. "Personne ne nous empêchera de revendiquer nos racines chrétiennes", ajouta-t-il, devant une foule toute conquise. La remarque n'avait d'autre but que de rappeler, une fois de plus, que tout ce qui n'est pas blanc n'est pas digne de confiance. Enfin, en fin politicien, il a dénoncé "ceux qui ont défilé non pas pour le travail, mais contre nous", en faisant référence à ceux-là même qui défilent chaque 1er-mai depuis des années, contrairement à lui-même ! Nicolas-le-culotté a ainsi pu mesurer la popularité de son discours à la faveur d'une foule massive, bien que surévaluée. Voilà pour l'attaque royale. La riposte était attendue.

Un des leaders du bas-peuple, habitué s'il en est des 1er-mai, Bernard Thibault de la maison CGT, avait apporté plus tôt son soutien officiel à François Hollande. De son côté, François Chérèque, de la maison CFDT, avait jugé qu'il ne lui appartenait pas de se prononcer pour un monarque plus que pour un autre. Mais l'illusion ne trompait pas, et chacun savait que derrière chaque conscience qui s'exprima dans les rues de Paris, ce jour-là, résidait une envie folle d'en finir avec l'actuel souverain.

A la mi-journée, Bernard Thibault assura que 500000 personnes avaient défilé dans tout le royaume sous les couleurs opposées au roi en activité. De leur côté, les loyalistes s'étaient réunis par petits comités, comme ces 10000 courageux lyonnais. Mais le rassemblement principal, dans Paris, obtint un franc succès. Un des membres de la maison CFDT assura même que la foule était "trois fois plus massive que pour un 1er-mai" classique. Un demi-camouflet pour le roi qui, malgré la présence massive de ses troupes à son propre rassemblement, ne put que constater l'ampleur plus massive encore de l'armée adverse, laquelle comptait dans ses rangs quelques nobles de la famille PS, comme Martine Aubry ou Ségolène Royale. Les chiffres des gardes royaux estimaient à 48000 le nombre en question, contre 12000 l'année précédente. Mais nul n'ignorait, déjà, combien ces estimations pouvaient être tronquées de par la nature même de leur origine.

Ainsi, le roi Sarkozy, hardi et téméraire, tenta de défier les bannerets de son ennemi Hollande sur leurs propres terres. Après la défaite subie face aux armées adverses lors de la bataille du 22 avril, il avait tenté de ramener à lui de plus grandes forces pour terrasser celui qui osait lorgner sur son trône. A quelques jours du dernier affrontement massif, le 6 mai, il apparaissait plus acculé que jamais. En l'état, il ne paraissait pas en mesure de défaire son ennemi. Mais il lui restait une carte en main, un dernier coup à jouer : un affrontement direct, un duel sous les yeux de chaque citoyen du royaume. L'occasion, la dernière, de ramener à lui quelques partisans tardifs. Faute de quoi, son règne promettait de prendre fin plus rapidement que pour n'importe lequel de ses prédécesseurs (à la notable exception des démissionnaires et de ceux qui connurent le destin funeste d'une mort sur le trône)...