220px-UMP_regional_elections_Paris_2010-01-21_n13C'est une question qui revient souvent dans l'actualité et qui, bien sûr, est souvent posée à François Hollande : qui sera son Premier Ministre ? Partie immergée de l'iceberg uniquement puisque, dans les médias comme entre amis, les gouvernements socialistes sont fantasmés chaque jour. Peillon à l'Education nationale, Touraine aux Affaires sociales, Sapin à l'Economie, Valls à l'Intérieur... Fruits des exigences des uns et des indiscrétions des autres, ces prédictions valent ce qu'elles valent, mais elles trahissent une réalité : plus personne ne croit à la réélection de Nicolas Sarkozy.

A-t-on déjà entendu un seul observateur de la vie politique, un seul journaliste se demander qui le Président sortant installerait à Matignon en cas de victoire, ce dimanche ? Personne. François Fillon a déjà confirmé qu'il ne rempilerait pas et, a priori, personne n'a  jugé bon de faire acte de candidature. Et pourtant... Cela vaudrait le coup de s'imaginer à quoi ressemblerait un gouvernement de droite à compter de lundi prochain. D'autant que le durcissement idéologique du Président sortant devrait nécessairement transparaître dans la composition de son équipe. Ainsi, s'il ne franchirait pas la ligne rouge en invitant des frontistes dans son gouvernement, Nicolas Sarkozy aurait tort de se priver du plaisir de nommer Claude Guéant Premier Ministre. Après tout, avec une campagne pareille, l'actuel boss de l'Intérieur serait comme un poisson dans l'eau. Nadine Morano à la Culture, voilà qui aurait un maximum de tronche pour donner des gages à tous ces bons Français électeurs du FN. Car, si réélection il y a, ce sera grâce à un report de voix historique des "marinistes". Ce bon Eric Ciotti, auteur du communiqué prétant à 700 mosquées la volonté d'appeler à voter Hollande, se verrait remercié par le ministère de l'Intérieur. Et puis, pourquoi pas, Christian Vanneste à la Famille. Voilà qui aurait de la gueule et qui enverrait un message clair aux homosexuels.

D'autres hypothèses sont à envisager en cas de deuxième mandat sarkozyste. Guillaume Peltier, au four et au moulin depuis le 22 avril, pourrait intégrer la direction de l'UMP, voire le porte-parolat. Pas si mal pour un ancien du FN, du MNR et du MPF, autant d'endroits où on aime les coupes de cheveux bien dégagées et les bras bien haut levés. Valérie Rosso-Debord et Rachida Dati aussi, pour services rendus et retrait de candidature face à François Fillon. La deuxième ne retrouverait certes pas la Justice, mais une bonne circonscription et un poste de prestige dans l'organigramme du parti.

 

Une guerre sanglante en perspective

 

Tout ceci serait, évidemment, la résultante d'une réélection de Nicolas Sarkozy laquelle, encore une fois, ne pourrait passer que par une alliance tacite avec le Front national. Mais si très peu de médias abordent cette hypothèse, c'est bien parce que François Hollande va remporter cette élection présidentielle et que l'horizon de l'UMP est très sombre. La campagne d'entre-deux tours que mène son candidat l'obligera, à très court terme, à faire un choix. Le parti de droite doit-il conserver la même ligne idéologique, mené ainsi par Jean-François Copé, assisté de la "Droite populaire" ? Ou redevenir plus gaulliste, plus social, se recentrer autour des personnalités de François Fillon et Alain Juppé ?

Cette question se posera pour les législatives à venir, mais aussi pour la suite. De retour dans l'opposition après dix ans de gouvernement, la droite va devoir se réorganiser. Les investitures pour le scrutin de juin sont déjà établies, la ligne directrice du parti ne bougera sans doute pas d'ici là. Mais la guerre de succession va être terrible par la suite. D'autant plus que Nicolas Sarkozy s'est arrangé pour qu'aucune tête ne dépasse durant sa présidence. Ceux qui ont gouverné à ses côtés vont-ils réussir à contrer l'ambition des jeunes Copé, Bertrand et autres Peltier ? Une chose est sûre, la guerre va être sanglante dans cette UMP qui a tant le culte du chef. Et le vainqueur gagnera une investiture en or en 2017 et des alliés prêts à tout pour lui (ou elle).

L'élection présidentielle, à moins d'un cataclysme, est pliée. Hollande va gagner. C'est donc à la suite qu'il convient de s'intéresser. Et la suite, dans la vie politique française, ve passer par la reconstruction de la droite dite républicaine. Va-t-on assister à une scission d'une partie des troupes, tentée par l'extrême-droite ou par la création d'un nouveau parti ? Rappelons que l'UMP n'existe que depuis 2002, ce ne serait donc pas un crime de lèse-majesté que de renommer ou refonder une formation politique qui n'a connu que le second quinquennat de Chirac et celui de Sarkozy. Franchement, ce serait même une bonne façon de mettre un passé moyennement glorieux derrière soi...