ce-n-est-qu-un-debut-continuons-le-combat-a-lance-marine-le-pen-la-10685454kggso_1861OK, les sondages se sont plantés. Ils ont démontré, une fois de plus, qu'ils n'arrivent pas du tout à prévoir le score du FN. En 2002, ils l'avaient sous-évalué. En 2007, ils avaient visé trop haut. Cette fois, ils étaient encore en-dessous. Peut-être qu'un jour ils auront bon. C'est d'autant plus frappant que les instituts avaient à peu près vu juste pour l'ensemble des autres candidats. Les partisans de François Hollande peuvent aujourd'hui se réjouir de voir leur champion en tête. Ceux de Nicolas Sarkozy soupirent en gardant un léger espoir. Mais les 18% de Marine Le Pen, initialement annoncée à 20, personne ne les avaient vu venir et ils marquent d'une tâche indélébile ce premier tour.

Alors qui sont ces 18% ? Depuis le temps, on sait que le FN a une assise fixe autour de 10%, sur laquelle il pourra compter à chaque élection présidentielle. En cas de bonne année, il peut monter à 15 ou 18%. En 2007, il a stagné à 10. Allez savoir s'il s'agit de racistes, de souverainistes, d'europhobes ou de paumés de base, toujours est-il qu'il y aura toujours un dixième des suffrages exprimés qui iront pour la famille Le Pen. La question n'est pas donc de dresser une sociologie de l'électorat de base du FN, mais plutôt de comprendre pourquoi l'extrême-droite a récolté 8 points de plus que sa base. (Soit dit en passant, lorsque Hollande est à 28% et Sarkozy à 26%, il le devance de 2 points, pas de 2 pour cents. Erreur que tous les médias font sans exception).

 

La haine l'a emporté

 

Il est facile de mettre sur le dos de la crise le score élevé du FN. Certes, il doit y avoir un peu de cela. Mais l'extrême-droite n'est pas la seule à prétendre combattre le système. A droite, Nicolas Dupont-Aignan proposait une politique alternative. Il a eu 1,8%. A gauche, Jean-Luc Mélenchon, Philippe Poutou et Nathalie Arthaud voulaient combattre l'ordre établi. Le premier a obtenu moins que prévu et les deux autres font des scores microscopiques. L'hypothèse du "vote de crise" ou contestataire, déjà évoquée lors de l'élection de 2002, est donc possible, mais pas suffisante. Pourquoi privilégier Marine Le Pen plutôt qu'un candidat d'extrême-gauche ? Parce qu'elle a été plus attaquée ? C'est une possibilité.

Sans doute le Front national renvoie-t-il une image plus "destructrice". Si quelqu'un voulait vraiment faire exploser le système, il se tournerait vers Marine Le Pen, non ? Elle ne propose aucune solution crédible, mais seulement deux boucs émissaires en or : l'euro et les étrangers. Immigration incontrôlée + euro = tous les problèmes que connaît la France actuellement, du chômage aux cors aux pieds, en passant par la mauvaise santé de Charles Aznavour.

Seulement voilà, le vote ras-le-bol pour le FN a déjà existé. En 2002, Le Pen père avait atteint le second tour et offert un triomphe à Jacques Chirac. Peut-on demander si les personnes qui avaient souhaité "changer les choses" à l'époque ont été exaucé ? Rien n'a changé ! Le vote FN est une impasse, un mirage et tout simplement un exutoire. Voilà que 18% des votants se sont prononcés pour une candidate qui a assuré que 100% de la viande abattue en Ile-de-France l'était selon les rites halal, qui a passé 15 minutes de débat face à Mélenchon à ne rien dire du tout, qui veut dérembourser les avortements sous prétexte que certaines femmes s'en serviraient comme moyen de contraception, qui a refusé de condamner le régime de Bachar El-Assad, qui a demandé la peine de mort pour Mohamed Merah, qui a osé une affiche ridicule "Oui, la France !"...

Alors oui, Marine Le Pen obtient un excellent score et se pose en troisième position, loin devant son rival de l'autre Front. Sa campagne lui aura donné raison, même quand elle s'est lâchée sur la fin et a renoué avec les vieux thèmes nauséabonds de son parti. Galvanisée par son résultat, elle a promis à ses troupes des lendemains qui chantent. Naturellement, il n'en sera rien. Si le parti obtient un député aux législatives, ce sera Marine Le Pen elle-même. Les autres n'ont aucune chance. Le parti est ultra-personnifié et l'étiquette "Le Pen" est bien plus importante et significative que le label "FN". Le discours de haine l'a emporté lors de cette campagne et c'est triste, bien triste. Maintenant, espérons que les deux candidats restants ne vont pas draguer ces brebis égarées en excusant le "vote de colère". Les électeurs du FN se trompent et sont ou des racistes en puissance, ou des idiots finis. Dans les deux cas, ce ne sont pas avec ces personnes-là que l'on bâtit une majorité intelligente.