Canalblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Petites phrases et grandes idées

Publicité
9 mai 2012

De savoir s'arrêter...

clap_fin_1_Comme précisé dans l'article d'hier, "Petites phrases et grandes idées" est né au lendemain de la désignation de François Hollande comme candidat socialiste à l'élection présidentielle. Ce n'est donc que pure logique si ce site arrête son activité aujourd'hui, trois jours après l'élection du même François Hollande, avec ce 147e et dernier article. Naturellement, il n'a jamais été question ici de monter quelque comité de soutien au nouveau Président. Si une ligne idéologique a transparu clairement des lignes écrites ici, c'est bien celle de la haine de Nicolas Sarkozy. Pour le reste, "Petites phrases et grandes idées" a essayé d'aborder une logique et une objectivité maximales. Avec quelques échecs dans ce domaine, convenons-en...

Pour autant, ce blog aura essayé de commenter l'actualité avec une passion, espérons-le, communicative. Quiconque s'intéresse un tant soit peu à la politique ne peut qu'être animé d'une ferveur intense durant une élection présidentielle. On aura beaucoup reproché à celle-ci de de ne pas être intéressante. Naturellement, à y regarder de plus près, il n'en était rien.

Les stratégies de Sarkozy, la montée en puissance de Mélenchon, la surprise Le Pen, l'inconnue Cheminade, les médias exaspérant, l'affaire Merah, la viande halal, toute cette campagne aura été remplie de curiosités, de nouveautés et, finalement, d'intérêt. Bien sûr, si parler résorption de la dette, finances publiques ou politique européenne ne vous fascine pas, 2012 sera un cru à oublier. Autrement, il serait d'une parfaite mauvaise foi que d'affirmer que cette campagne était inintéressante. Surtout qu'au final, elle a accouché d'une élection extrêmement intéressante, portant à l'Elysée un Président opposé en tous points à son prédécesseur. Espérons que ses résultats le seront aussi.

Voilà, du 17 octobre à aujourd'hui, beaucoup de choses se seront passées, la plupart analysées ici. Si la qualité des articles proposés n'était pas toujours à la hauteur, "Petites phrases et grandes idées" s'en excuse. Mais l'auteur de ces textes a toujours souhaité apporter une plus-value au traitement ultra-massif de la campagne et de la vie politique en général. En espérant que vous aurez été satisfaits de ce que vous avez pu trouver ici.

L'auteur s'en va vaquer à sa deuxième activité favorite : l'écriture de livres que personne ne lit. Continuez à suivre la politique et, qui sait ?, peut-être rendez-vous dans cinq ans !

Merci à tous, en tous les cas. C'est avec beaucoup de plaisir que "Petites phrases et grandes idées" a pu constater que le nombre de lecteur a augmenté à mesure que la campagne avançait (un peu plus de 6700 à l'heure de la parution de ce texte) et c'est également toujours agréable d'avoir un petit commentaire ici et là, même s'il s'agit d'une critique.

Encore merci et bonne chance à François Hollande. Il en aura besoin !

Publicité
8 mai 2012

D'un dimanche soir pas comme les autres

06_05-La-place-de-la-Bastille-est-noire-de-monde-apres-la-victoire-de-Francois-Hollande_-930620_scalewidth_630Ainsi donc, François Hollande est le nouveau Président le République élu. En vrai, il ne le sera que le 15 mai, mais c'est un détail. Sans surprise, il a donc battu Nicolas Sarkozy même si l'écart final est plus mince qu'attendu (un tout petit peu plus d'un millions de voix). Un constat doit donc être fait, un constat alarmant qui fait froid dans le dos : le candidat de l'UMP a glané des voix entre les deux tours, et refait une partie de son retard. Cela signifie que ses partisans du premier tour ne lui ont pas reproché son virage droitier, qu'une quantité non négligeable de frontistes ont reporté leur voix sur lui et qu'une partie du centre l'a choisi.

Arrêtons-nous quelques secondes là-dessus. Il apparaissait déjà surprenant de voir les tenants du gaullisme historique laisser leur parti à un libéral atlantiste. Le voir dégommer la France, droitiser encore plus la droite et adopter un style présidentiel franchement outrancier par moment n'a pas choqué les 26% d'électeurs qui l'ont choisi au premier tour. Et enfin le voir attaquer syndicats, immigrés, avortement et autres joyeusetés entre les deux tours, draguant ouvertement les voix du FN n'a, là non plus, semblé choquer personne. En gros, Nicolas Sarkozy aurait pu dire ce qu'il veut, absolument ce qu'il veut, les pires saloperies, il aurait obtenu un score honorable. De plus, les électeurs du FN, dont on dénonçait le vote le colère, la volonté de ruer dans les brancards, de changer les choses, se sont massivement reportés sur le Président sortant ! Est-ce qu'on peut maintenant commencer à se demander si le vote FN n'est pas un vote d'adhésion aux idées du parti d'extrême-droite ? On a prêté à ces électeurs une volonté de "faire bouger les choses" et les voilà qui vont comme un seul Homme voter pour le premier à promettre les mêmes horreurs racistes et xénophobes que leur championne. Qu'on le sache et que l'on ne l'oublie pas : les électeurs de Marine Le Pen sont idéologiquement liés à leur candidate. Le fameux "vote de crise", s'il existe, est ultra minoritaire.

Un léger mot sur le report des voix centristes. Majoritairement, les électeurs du Modem ont choisi Nicolas Sarkozy. En gros, ils ont préféré voter pour un candidat qui frayait ouvertement avec l'extrême-droite et dont le bilan parlait pour lui, plutôt que pour l'éternelle peur des rouges, des chars communistes qui rentrent dans Paris et des bolchéviques qui mangent des enfants. Désespérant de voir à quel point ce genre d'argument marche encore.

Dernier point là-dessus : plus de 6% de votes blancs et nuls. C'est un record. Et ce n'est pas une bonne nouvelle pour les deux partis majoritaires, y compris pour le nouveau Président qui devra bien trouver un moyen de convaincre ces électeurs-là.

 

Sarkozy, beau perdant

 

Mais ce dimanche, c'est finalement François Hollande qui l'a emporté. "Le favori de janvier n'est jamais le vainqueur de mai", entendait-on. Raté, le socialiste aura été le leader dans les sondages du début à la fin. Et sa campagne basée sur la normalité et tout ce que Sarkozy n'est pas a finalement touché juste. Il y a deux ans encore, personne ne croyait en ses chances et, à un accident de Sofitel près, il n'aurait probablement même pas remporté la primaire socialiste. Mais l'Histoire est ainsi faite et, franchement, avec du recul, c'est sans doute mieux ainsi.

Ce dimanche soir n'aura donc pas été comme les autres, ni même comme les autres seconds tours. Ainsi, François Hollande a réservé son premier discours de Président élu à sa ville de Tulle. L'homme sait d'où il vient et cela avait un côté rafraîchissant de voir une première allocution prononcée depuis la province (même si "la vie en rose" à l'accordéon par le président du conseil régional, c'était sans doute un peu trop terroir...). Naturellement, le contenu était une série de figures imposées, mais le nouveau Président a parlé de service public, d'égalité homme-femme et de jeunesse. La gauche au pouvoir, en somme. Pendant ce temps, place de la Bastille, des dizaines de milliers de personnes envahissaient les lieux et pouvaient assister à un concert. L'homme de la soirée n'est arrivé qu'à minuit et demie, mais ils étaient toujours nombreux à l'avoir attendu.

A quelques centaines de mètres de là, à la Mutualité, Nicolas Sarkozy n'avait pas attendu longtemps pour prononcer son allocution. Aux alentours de 20 heures 40, le toujours-Président a pris la parole pour prononcer sans doute le plus digne et le plus présidentiel de ses discours. C'en était presque désarmant, et de là à dire que le voilà soulagé de ne plus être à l'Elysée, il n'y a qu'un pas... En tous cas, Sarkozy s'est montré curieusement beau perdant et, si cela ne suffit pas à effacer une campagne et un entre-deux tours absolument nauséabonds, il aura au moins soigné son discours de défaite.

Côté plateau, les éléments de langage étaient absolument limpides. Les responsables de gauche avaient consigne de jubiler dans la retenue, la gravité et la mesure des responsabilités qui sont les leurs. A droite, on se devait de "féliciter de manière tout à fait républicaine" le vainqueur avant d'appeler les Français à ne pas donner la majorité législative au PS afin que "la gauche n'ait pas tous les pouvoirs dans le pays". Et en quoi cela serait une mauvaise chose ? Et puis, l'UMP étant l'UMP, quelques graines de mauvaise foi ont germé ici et là. Henri Guaino a dit que la décision du peuple de France était "nécessairement la bonne" avant de dire que l'élection d'Hollande était "une erreur". OK. Nadine Morano a trouvé gênant qu'il y ait tant de drapeaux étrangers place de la Bastille. Argument que Nicolas Domenach s'est amusé à démonter dans "la nouvelle édition" d'hier en montrant que, lors des élections de Sarkozy en 2007 et de Chirac en 2002, les mêmes drapeaux étaient de sortie. Jean-François Copé a estimé que si Nicolas Sarkozy a perdu, c'est à cause du Front national qui aurait implicitement appelé à voter Hollande. Et le même de rappeler qu'il existe "depuis François Mitterrand", "une alliance tacite entre les socialistes et l'extrême-droite pour faire battre la droite". Bon, là, on est déjà nettement moins bon perdant...

Enfin bon, ce dimanche soir était évidemment historique. De ces jours dont beaucoup se rappelleront longtemps, de la manière qui lui est propre. C'est la fin d'une campagne qui a véritablement commencé avec la désignation de François Hollande comme candidat socialiste, le 16 octobre dernier. Le lendemain, "Petites phrases et grandes idées naissait"...

7 mai 2012

De savoir en profiter un peu...

515699

Sans titre

Laquelle de ces deux images fait le plus plaisir à voir ? 

4 mai 2012

De vous à moi

lettreMonsieur le Président,

Ca ne durera peut-être plus très longtemps, mais vous êtes toujours le Président de la République. Je vous appellerai donc comme cela. J'ai eu envie de vous écrire car votre saga peut prendre fin ce dimanche. Ainsi, éventuellement, le décideront les Français. Mais votre place dans l'Histoire, elle, restera à déterminer.

Avant tout, je tiens à préciser que je n'ai pas voté pour vous. Ni cette année, ni en 2007. Je ne crois pas en vous. Votre phrasé, vos effets de manches, votre rhétorique n'ont aucun effet sur moi sinon de vous rendre ridicule à mes yeux. Et pourtant... Pourtant, quand vous avez été élu Président, j'ai voulu croire qu'une partie de votre programme n'était pas de la démagogie pure. Le bouclier fiscal, par exemple, me semblait correspondre à une certaine logique. Le projet a échoué, mais il ne me paraît pas absurde de l'avoir tenté. Comme quoi, malgré la détestable expérience de votre passage place Beauvau, j'ai voulu croire qu'il y avait un fond de sincérité dans votre volonté de gérer au mieux notre pays.

Nous sommes donc aujourd'hui à quelques petits jours de votre départ de l'Elysée. Bien sûr, rien n'est gravé dans le marbre et vous pouvez encore l'emporter. C'est très improbable, mais c'est possible. J'ignore encore comment vous êtes capable de rassembler près de la moitié du corps électoral après les cinq années que nous venons de vivre. François Hollande s'échine à essayer de démontrer votre responsabilité dans la hausse du chômage, dans l'explosion de la dette, dans la deliquescence de l'Europe. C'est une chose. Quant à moi, c'est un autre message que j'entends porter à vos oreilles et, par extension, au corps politique. Si vous voulez bien, je le diviserai en deux parties.

Car il y a la politique, bien sûr, au sens de gestion presque philosophique du pays. Vous portez un projet, c'est indéniable, mais ce serait presque cela que je vous reprocherais. J'ai vu les postiers remplacer leurs collègues comme ils le pouvaient. J'ai vu les professeurs craquer psychologiquement et physiquement devant l'ampleur de leur travail. J'ai vu les hôpitaux publics et leurs queues interminables. La véritable question est la suivante : les avez-vous vus ? De votre tour d'ivoire du faubourg Saint-Honoré, ne bougeant qu'entouré de cars de militants et de compagnies de CRS, que voyez-vous de la France ? Je vous le dis, là où la République est la plus attendue, ce n'est pas sur les marchés ou dans les sommets européens : c'est dans les écoles, les hôpitaux, sur le terrain. Parce que ces fonctionnaires, que vous avez tant critiqué durant votre campagne et tant massacré durant votre mandat, ont besoin d'un patron qui les protège, qui les aide et qui leur donne les moyens d'accomplir correctement leur travail. Vous avez passé cinq années à désosser joyeusement le service public, si bien que l'on se demande si vous n'avez pas l'intention de revendre la France en pièces détachées à un fond d'investissement quelconque. La liste des massacres que vous avez commis est longue, et comptent également les planning familiaux (crédits coupés), les médicaments déremboursés ou encore, étonnant de votre part, la police.

Le deuxième point que je souhaitais aborder avec vous est pourtant bien plus grave. Car chacun pourra témoigner que le pire aspect de votre quinquennat aura été moral. Voyons, prenons les choses dans l'ordre. Il y a eu la soirée au Fouquet's. Puis le yacht de Bolloré. La période bling bling de 2007-2008. La rencontre et le mariage avec Carla Bruni qui vous a mis dans un état second. Les frasques d'Hortefeux, ministre de la République condamné pour "injures raciales" mais resté en poste. L'affaire George Tron, l'affaire MAM, la réception de Kadhafi. Les soupçons de financement occulte de la campagne d'Edouard Balladur en 1995, dont vous étiez le trésorier. Les mêmes soupçons autour de la campagne de 2007, via Liliane Bettencourt ou Kadhafi. Et puis la division, toujours, cette manière de systématiquement monter les Français les uns contre les autres. Le communautarisme, dont vous êtes le grand apôtre en France. Ne dites pas le contraire, ce serait ridicule. Les expulsions sommaires et injustes. La politique du chiffre alors que l'on parle de vies humaines. La visite au pape avec Bigard alors que vous craignez que le vote des étrangers aux élections locales ne brise la laïcité. Mais de quelle laïcité parle-t-on lorsque le Président de la République est chanoine de Latran ? Par pudeur, je ne mentionnerais que brièvement Bernard Laporte, Nadine Morano et Rachida Dati...

Ce seul constat suffirait pour donner envie à n'importe quel électeur de vous inviter à quitter votre poste à grands renforts de coups de pieds dans le train. D'ailleurs, vous avez l'insigne honneur d'être le premier Président de la Ve République briguant un second mandat à ne pas être arrivé en tête au premier tour. Ainsi, vous aviez le choix entre mener une campagne d'entre-deux tours digne et risquer d'être battu, ou ruer dans les brancards, racoler les voix du FN comme rarement cela s'est vu dans l'histoire de la droite française, tenir les propos les plus indignes, jeter la honte et le déshonneur sur la République que vous représentez toujours, diviser encore et toujours les Français, les subdiviser en rappelant leurs origines, les rediviser un peu plus en distinguant ceux qui travaillent vraiment et les autres, le tout en risquant tout autant de perdre. Vous avez montré en quelle estime vous teniez la fonction qui est la vôtre en n'hésitant pas à la traîner dans la boue juste pour conserver votre siège. Vous étiez un personnage minable, mauvais et dangereux. Vous êtes devenu embarrassant, détestable, ridicule et une honte pour quiconque se trouve obligé de dire aujourd'hui que vous êtes son Président.

Alors voilà ce que je voulais vous dire, monsieur le toujours Président de la République. Je ne me suis jamais senti particulièrement fier d'être Français. En tout cas, pas plus que je ne serais fier d'être Grec, Colombien ou Sri-Lankais. Pour moi, nous sommes avant tout des citoyens du monde. En revanche, si vous veniez à être réélu, je vous le dis sans ambages, j'aurais réellement honte d'être Français. Non seulement je considérerais l'éventualité de quitter ce pays, mais là où j'arriverais, je m'excuserais par avance d'être le compatriote de tant d'imbéciles, crédules et racistes. Mais tout ceci n'est qu'hypothétique.

Recevez, monsieur le Président, l'assurance de tout mon mépris et, franchement, de toute la haine que je suis capable de vouer à quelqu'un,

 

"Petites phrases et Grandes idées"

3 mai 2012

De quoi discuter pendant des jours...

php3tPVwrSarkollande_05Quiconque a vécu la journée d'hier au rythme des radios et télévisions ne pouvait ignorer que ce mercredi soir était le théâtre du Superbowl, d'une finale de Coupe du Monde de foot et d'un concert de Madonna réunis : le débat d'entre-deux tours présidentiel. Tout a été passé au crible, de la température du studio à la distance entre les deux protagonistes, en passant par les trois (oui, trois !) réalisateurs.

En tout état de cause, la véritable information de cet avant-débat était un sondage, tombé opportunément dans la matinée, qui estimait entre 10 et 15% la proportion d'électeurs français susceptibles de changer leur vote en fonction du débat. C'est terrifiant. Après tous ces meetings, toutes ces matinales radios, tous ces plateaux télés, tous ces sujets dans les journaux, un électeur sur dix est susceptible de changer d'un candidat à l'autre en fonction de ce qu'il pourraient dire lors d'un débat. La différence entre les deux est donc si fine ? "Petites phrases et grandes idées" penche plutôt pour l'hypothèse qui veut que beaucoup trop de titulaires d'une carte d'électeur ont pas mal de flotte entre les oreilles.

Ainsi donc, à 21 heures, Nicolas Sarkozy et François Hollande étaient face-à-face avec, entre eux, Laurence Ferrari, David Pujadas et quelque chose comme 20 millions de téléspectateurs. On n'ose imaginer la pression... Détail amusant : les deux candidats arboraient tous deux un costume noir avec une cravate bleu foncé. Curieuse coïncidence qui veuille que le futur Président, qui qu'il soit, ait des goûts pourris en matière d'association de couleurs.

Bon, le débat commence, avec une petite introduction de chacun. D'entrée, le ton est offensif. Ceux qui craignaient un Chirac/Jospin 95 mollasson sont rassurés. Pas de nouveau Sarkozy/Royal 2007 non plus : le Président sortant veut en découdre est se trouve à 100 lieues de son calme olympien d'il y a cinq ans.

Premier thème : l'économie. Autour de l'emploi, du pouvoir d'achat et de la réduction des déficit, les premières escarmouches montrent une tension à couper au couteau. En 1995, l'ambiance était cordiale. En 2002, Royal se savait battue et Sarkozy était trop fort pour elle. Là, l'intensité est totale, les deux débatteurs sont très dangereux l'un pour l'autre et l'enjeu est réel. De fait, contrairement à sa stratégie de 2007, Sarkozy attaque le premier et marque des points sur l'emploi. C'est en voyant la qualité de son discours et l'excellence de la riposte de son adversaire que l'on réalise que ce débat-là est de très haut niveau. On a peine à imaginer un membre des partis respectifs résister plus de deux minutes à l'un des deux finalistes.

Economie, donc, où l'on retombe dans les travers habituels de cette élection qui nous fait parfois penser que, le 6 mai prochain, ce sera le prochain chancellier allemand que l'on élira. Nicolas Sarkozy manie avec habileté la comparaison flatteuse : quand ça l'arrange, il se mesure à l'Allemagne. Sinon, il pointe les exemples grec et espagnol. Mais les meilleures petites phrases viennent du candidat socialiste, avec notamment un échange savoureux :

"- C'est amusant, vous avez toujours l'air content de vous, lance Hollande.

- C'est un mensonge !

- Oh pardon, vous êtes très mécontent de vous".

Suite à cette petite gourmandise, Nicolas Sarkozy, irrité, répondra "on n'est pas dans un concours de petites phrases" et se verra rattrapé par ses tics nerveux. Durant la majeure partie du débat, le Président sortant, manifestement agacé, agitera les épaules et le cou comme aux plus belles heures de la place Beauvau. On le voit même réciter ses idées en lisant ses notes, déstabilisé par un Hollande très calme et s'amusant à le couper régulièrement. Du coup, Sarkozy revient aux fondamentaux et isole la France qui est soit "le seul pays au monde" où telle chose se passe, soit l'unique à ne pas appliquer la politique voulue par son adversaire. La recette est éculée, la méthode connue et elle agace beaucoup.

 

Et le dérapage sur DSK arriva...

 

Heureusement, la deuxième partie du débat va permettre au candidat sortant de se ressaisir, à la faveur de thèmes sur lesquels il est plus à l'aise. L'Europe, d'abord, où il a pu faire étalage de son expérience internationale, naturellement supérieure à celle de son rival. Néanmoins, ce dernier ne se démonte pas et prouve, une fois de plus, que le débat est nettement plus facile à aborder quand les sondages sont bons. Car Sarkozy a l'expérience, d'accord, mais il a aussi un bilan. Et le socialiste va appuyer autant que possible sur la supériorité présumée de l'Allemagne sur la France, ainsi que sur la soumission de Sarkozy à Merkel. Ce que ce dernier va réfuter mais l'essentiel, ici comme ailleurs, étant bien que le Président sortant doive défendre son bilan. Expérience contre bilan contestable, c'est finalement toute la stratégie de Nicolas Sarkozy lors de ce débat. François Hollande, lui, peut bien promettre des lendemains qui chantent, force est de constater que lui, on peut le croire sur parole.

Et puis, le gros thème attendu par tous, celui qui, d'après l'activité "twittesque" mesurée on ne sait comment, a été le plus suivi et de loin le plus favorable à Nicolas Sarkozy : l'immigration. D'entrée, on a senti le socialiste moins goguenard, moins à l'aise sur une thématique qui le coince presque caricaturalement entre son électorat naturel et celui dont il a besoin pour dimanche. Ainsi, Hollande a péniblement égrené son programme pour combattre l'immigration illégale en tentant de mettre le candidat de l'UMP face à diverses contradictions. A y regarder de près, la plupart des arguments du socialiste mériteraient que l'on s'y arrête, mais il était écrit que ce thème était pour le Président. Objectivement, "Petites phrases et grandes idées" n'a pas trouvé un candidat plus convaincant sur le thème que l'autre, mais puisque les gens "in" de twitter ont trouvé que si, admettons. Retenons du débat sur ce thème que Nicolas Sarkozy a grossièrement reformulé un engagement de François Hollande sur les centres de rétention, et que ce dernier a joué plus défensif face à un adversaire totalement décomplexé. Ainsi, le Président-candidat fait bien la différence entre les immigrés européens et ceux d'Afrique. L'indignité dans ce thème était attendue : elle est au rendez-vous.

Après un léger crochet par le nucléaire qui ne laissera pas de traces dans l'Histoire, et un point sur les question internationales qui ont essentiellement tourné autour du retrait des troupes françaises d'Afghanistan, le dernier grand thème aura tourné autour du "style présidentiel". Pour le coup, l'avantage était clairement du côté de François Hollande qui pouvait appuyer là où cela faisait mal, à savoir sur les débordements d'un Président qui aura été tour à tour celui des riches, bling-bling et communautariste. Et c'est peu dire que, sur la foi de cette seule thématique, François Hollande a démontré qu'il avait largement le niveau pour rivaliser en débat avec Nicolas Sarkozy. Il s'est d'abord fendu d'une séquence absolument culte sur le mode "Moi, Président de la République...", qu'il aura répété 16 fois, y ajoutant chaque fois une petite pique ou une grande mandale à son adversaire. Lequel s'est trouvé tellement dans les cordes qu'il n'a rien trouvé de mieux que de renvoyer Hollande au bilan présidentiel de... François Mitterrand ! Mort en 1996 donc... Se défendant d'avoir été un Président partisan, Sarkozy en a perdu ses mots, qualifiant Hollande de "petit calomniateur" (SIC) ! La tension a atteint un tel degré que, systématiquement renvoyé dans les cordes par un adversaire exceptionnellement habile, Nicolas Sarkozy a ressorti son argument massue, d'une classe inqualifiable "je ne recevrai pas de leçon d'une gauche qui voulait porter avec enthousiasme monsieur Strauss-Kahn aux affaires". Riposte immédiate de François Hollande : "ce n'est pas moi qui l'ai installé à la tête du FMI". Décidément, le boss de la corrèze a un sacré sens de la répartie. La suite a été très confuse, Sarkozy accusant Hollande de mieux le connaître que lui, Hollande répondant qu'il ne pouvait pas connaître sa vie privée et le candidat UMP finissant par adresser cette drôle d'invective à son rival : "Ponce-Pilate"...

Les conclusions des deux protagonistes auront été symptomatiques, elles aussi. François Hollande terminait l'émission (72 minutes de temps de paroles chacun, quand même !) en s'adressant aux Français et en leur expliquant pourquoi il était le Président qu'il leur fallait. Nicolas Sarkozy, lui, a choisi de finir son propos en attaquant encore son adversaire. Ou comment distinguer un candidat qui ne perd pas de vue son objectif d'un autre qui a compris qu'il n'aura pas su faire la différence lors de ce débat. Sans le dernier thème sur le "style présidentiel", on aurait pu renvoyer les jouteurs dos à dos. Ce qui, en soit, aurait déjà constitué une défaite pour Nicolas Sarkozy qui promettait d'écraser son adversaire. Mais avec le dérapage présidentiel sur DSK et la tirage enlevée d'Hollande, on peut sans trop s'avancer dire que, des deux, c'est le socialiste qui a le plus tiré son épingle du jeu.

P.S.: Laurence Ferrari était habillée en noir et David Pujadas portait un cravate bleue. Sinon, nos deux plantes vertes ont passé une très bonne soirée. Elles n'ont même pas baillé. Bravo à eux.

Publicité
2 mai 2012

De la bataille du 1er mai

duelAn de grâce 2012. La guerre de France en est sans doute à ses dernières heures. Le roi Sarkozy et son rival Hollande se rendent coups pour coups et la bataille du 1er-Mai n'aura pas dérogé à la règle.

De puis toujours, cette date est un symbole pour les alliés du sieur Hollande, le petit peuple revendicateur qui essaye, ce jour-ci, d'étaler sa force et rappeler sa condition précaire. S'il les soutient dans leur démarche, l'opposant à la couronne n'était pas de la bataille. Considérant sans doute que sa place n'était pas au milieu de ses bannerets ou désireux de leur laisser la vedette, il s'en est allé se recueillir sur la tombe de Pierre Bérégovoy, ancien camarade de lutte tombé un 1er mai.

En ce jour que l'Histoire regardera sans doute, un jour, comme une honte absolue sur le territoire de France, c'est Marine Le Pen qui s'est illustrée la première. Voilà des années qu'elle essaye, tant bien que mal, de récupérer à son compte cette date. Très courtisée pour le roi, la blonde guerrière souhaite néanmoins demeurer fidèle à ses valeurs d'indépendance et de solitude. En ce jour, alors que son armée totalisait bien plus que les 5000 soldats de l'année précédente, elle a rappelé de manière tonitruante que jamais elle ne s'allierait avec le roi, pas plus qu'avec son opposant premier. Sûre de son fait, elle promît une victoire finale à ses troupes, sous le regard approbateur de son père, ancien jouteur sur le retour devenu gâteux. Lors de la bataille finale, le 6 mai, elle ne soutiendra aucune armée. Ses troupes resteront vierges d'engagement et continueront de lutter pour bouter hors du royaume tout ce qui ne ressemble pas, de près ou de loin, à un Français de 19e génération.

 

Un roi acculé

 

De son côté, le roi avait décidé d'affronter les alliés du sieur Hollande sur leur propre terrain. Lui qui excelle d'ordinaire dans les lieux préparés et sur des terrains connus s'est risqué dans la rue, auprès du bon peuple du XVIe arrondissement de Paris. Persuadé que les bannerets d'Hollande ne sont que des imposteurs, râlant contre des conditions de travail en réalité excellente, le monarque Sarkozy a choisi de réunir autour de lui ceux qui croient au "vrai travail". Plus tôt dans la journée, son bouffon, Guillaume de Peltier, avait lancé quelques provocations à l'endroit de ses adversaires. "Il y a la France du travail, qui ne demande jamais rien, et les fonctionnaires privilégiés et protégés. Je ne les oppose pas, mais c'est un constat", a-t-il clamé. La rupture semble donc consommée entre ce roi, pourtant patron direct desdits fonctionnaires, et les représentants des travailleurs. Au temps pour sa volonté de se montrer "rassembleur".

Sans doute un peu déçus par le refus de Marine Le Pen de se joindre à eux, les partisans du roi se sont néanmoins massés en nombre pour répondre aux escarmouches des armées adverses. "200000 personnes", a assuré le général Copé, probablement mal réveillé. Ls observateurs indépendants, eux, ont salué une foule massive, mais inférieure à celle rassemblée le 15 avril précédent, place de la Concorde. Ce jour-là, les loyalistes avaient avancé le chiffre de 100000 personnes.

Le roi, finalement, prit la parole pour quelque 35 minutes d'un discours voué à une seule chose : ramener à lui un maximum de partisans de la rebelle Le Pen, en leur tenant un discours qu'ils aiment entendre et en jouant sur leur haine des alliés du traître Hollande. "Les tribus et le communautarisme, nous n'en voulons pas !", a tonné le souverain, jouant là la partition du protecteur du peuple et de sa prétendue identité pure. "Personne ne nous empêchera de revendiquer nos racines chrétiennes", ajouta-t-il, devant une foule toute conquise. La remarque n'avait d'autre but que de rappeler, une fois de plus, que tout ce qui n'est pas blanc n'est pas digne de confiance. Enfin, en fin politicien, il a dénoncé "ceux qui ont défilé non pas pour le travail, mais contre nous", en faisant référence à ceux-là même qui défilent chaque 1er-mai depuis des années, contrairement à lui-même ! Nicolas-le-culotté a ainsi pu mesurer la popularité de son discours à la faveur d'une foule massive, bien que surévaluée. Voilà pour l'attaque royale. La riposte était attendue.

Un des leaders du bas-peuple, habitué s'il en est des 1er-mai, Bernard Thibault de la maison CGT, avait apporté plus tôt son soutien officiel à François Hollande. De son côté, François Chérèque, de la maison CFDT, avait jugé qu'il ne lui appartenait pas de se prononcer pour un monarque plus que pour un autre. Mais l'illusion ne trompait pas, et chacun savait que derrière chaque conscience qui s'exprima dans les rues de Paris, ce jour-là, résidait une envie folle d'en finir avec l'actuel souverain.

A la mi-journée, Bernard Thibault assura que 500000 personnes avaient défilé dans tout le royaume sous les couleurs opposées au roi en activité. De leur côté, les loyalistes s'étaient réunis par petits comités, comme ces 10000 courageux lyonnais. Mais le rassemblement principal, dans Paris, obtint un franc succès. Un des membres de la maison CFDT assura même que la foule était "trois fois plus massive que pour un 1er-mai" classique. Un demi-camouflet pour le roi qui, malgré la présence massive de ses troupes à son propre rassemblement, ne put que constater l'ampleur plus massive encore de l'armée adverse, laquelle comptait dans ses rangs quelques nobles de la famille PS, comme Martine Aubry ou Ségolène Royale. Les chiffres des gardes royaux estimaient à 48000 le nombre en question, contre 12000 l'année précédente. Mais nul n'ignorait, déjà, combien ces estimations pouvaient être tronquées de par la nature même de leur origine.

Ainsi, le roi Sarkozy, hardi et téméraire, tenta de défier les bannerets de son ennemi Hollande sur leurs propres terres. Après la défaite subie face aux armées adverses lors de la bataille du 22 avril, il avait tenté de ramener à lui de plus grandes forces pour terrasser celui qui osait lorgner sur son trône. A quelques jours du dernier affrontement massif, le 6 mai, il apparaissait plus acculé que jamais. En l'état, il ne paraissait pas en mesure de défaire son ennemi. Mais il lui restait une carte en main, un dernier coup à jouer : un affrontement direct, un duel sous les yeux de chaque citoyen du royaume. L'occasion, la dernière, de ramener à lui quelques partisans tardifs. Faute de quoi, son règne promettait de prendre fin plus rapidement que pour n'importe lequel de ses prédécesseurs (à la notable exception des démissionnaires et de ceux qui connurent le destin funeste d'une mort sur le trône)...

1 mai 2012

De savoir bien s'entourer, aussi

julien-dray-ps-essonne-4126788jncjb_1861"Petites phrases et grandes idées" a souvent fait l'éloge de la campagne pré-premier tour de Nicolas Sarkozy. Non que les thèmes abordés ou l'idéologie n'aient grandement séduit par ici, mais pour atteindre 26% des suffrages avec un tel bilan, il faut quand même être une sacrée bête politique. Et le voilà même en position d'obtenir un score plutôt honorable, ce qui relève de la gageure au regard de sa rhétorique d'entre-deux tours.

Néanmoins, il convient de rendre à François ce qui est à Hollande. Si le socialiste en est là (c'est-à-dire aux portes de l'Elysée), il ne le doit pas uniquement au désamour des Français pour leur Président. Il a su profiter pleinement du retrait involontaire de DSK et s'imposer comme le candidat évident du PS. Depuis son net succès à la primaire de son parti, il a développé un projet résolument sérieux et ambitieux, axant sa campagne sur des thèmes porteurs de la gauche comme la jeunesse, l'éducation ou la lutte contre la "spéculation folle". De plus, Hollande a pris un soin particulier à utiliser des termes l'opposant drastiquement au Président sortant. Ainsi, le voilà se présentant comme souhaitant être un "Président normal" et incarner le "changement". Façon de rappeler qu'en face, on a l'homme au pouvoir depuis cinq ans, bling-bling au possible, festoyant au Fouquet's et bronzant au Cap Nègre.

Il apparaît donc indéniable que, même si un âne et un teckel étiquetés UMP et PS seraient malgré tout au second tour, les champions des deux partis principaux de la politique françaises ont chacun mené une bonne campagne, au sens où ils ont su atteindre les scores qu'ils espéraient, plus ou moins.

 

Aubry mal inspirée

 

Seulement voilà. Si nos deux héros n'ont pas grand chose à se reprocher sur cette campagne (jusqu'au 22 avril, en tous cas), on ne peut pas en dire autant de leur entourage. Jusqu'il y a peu, cela ne sautait pas aux yeux du côté socialiste. Les roses se tenaient bien, aux ordres du patron, gardant leurs revendications pour eux et prêchant la bonne parole sur les plateaux télés. Même les camarades qui ne roulent pas sur les mêmes rails, Montebourg en tête, ont su tenir leur langue et respecter la campagne. Malheureusement pour ce bon François, plus l'échéance approche, plus sa victoire paraît inéluctable. Et plus la discipline se fait lâche. Alors voilà que la garde rapprochée du candidat socialiste s'amuse à multiplier les bêtises, comme si l'élection était trop facile et qu'il fallait absolument jouer avec le palpitant de tout ce que la France compte de partisans de la gauche.

Et ça commence, comme il y a un an, avec DSK. Le pourtant très sérieux journal anglais "The Guardian" publie une interview de l'ancien boss du FMI, dans laquelle ce dernier aligne les phrases fortes du type "je ne m'attendais pas à ce qu'ils aillent aussi loin". 'Ils"... Voilà qui est bien mystérieux... La droite ? Des ennemis internes à gauche ? Ses opposants au FMI ? En réalité, pas grand monde puisque Strauss-Kahn a démenti s'être entretenu avec qui que ce soit du "Guardian". L'interview en question n'était en fait qu'un montage, fruit de la compilation de déclarations de DSK issues d'un livre à paraître. Tout ça n'est pas sérieux du tout de la part du prestigieux journal britannique. Et il n'en aura pas fallu plus pour que Nicolas Sarkozy se jette sur l'affaire et demande à Strauss-Kahn d'avoir "la décence de se taire". De fait, celui-ci n'a jamais rien dit, mais le candidat UMP ne pouvait pas savoir... Et puis, histoire de bien enfoncer la polémique, Julien Dray, qui n'est pas à une connerie près, a organisé son anniversaire dans un restaurant (anciennement boîte de strip-tease) et invité tous les caciques du parti et... DSK ! Lorsque ce dernier est arrivé, les autres sont partis. Mais les journalistes ont su. Bravo Julien, tu viens de perdre un ministère !

Et puis, voilà que dimanche, Martine Aubry elle-même se met à parler sans réfléchir. Interrogée sur son avenir personnel, elle a confirmé qu'elle quitterait la direction du PS au lendemain du 6 mai. "Le travail a été fait, la rénovation du PS est en bonne voie", plaide-t-elle, justifiant sa décision. Elle qui a su mettre sa déception de côté pour assister François Hollande tout au long de la campagne et lui assurer le soutien du parti qui avait tant manqué à Ségolène Royal en 2007, elle qui a ouvert la plupart de ses grands meetings, comment a-t-elle pu occulter l'aspect néfaste d'une telle déclaration ? Le plus grand danger qui guette la candidature Hollande est celle de voir l'élection déjà gagnée. Or, en annonçant son départ de Solférino, Martine Aubry envoie un message clair et limpide à l'opinion publique : "Hollande a gagné, je vais à Matignon". C'est peut-être vrai, peut-être faux, mais le timing est lamentable et nul doute que l'UMP va se jeter sur cette erreur pour en faire ses choux gras.

Pas facile d'être candidat. Limiter ses propres erreurs est suffisamment difficile pour que l'on n'ait pas besoin de vérifier quelles bêtises sont prononcées dans son entourage. Sarkozy n'a pas été épargné par Estrosi, Morano ou Rosso-Debord. Parfois, les deux candidats doivent s'arracher leurs quelques cheveux en ouvrant les journaux. D'ailleurs, voici une suggestion : plutôt que de se flinguer les chevilles avec leurs "cellules ripostes", les deux partis principaux devraient envisager des "cellules contrôles" qui veilleraient à ce que les boulets traditionnels gardent les lèvres bien serrées en temps utiles. Accessoirement, ça ferait du bien à nos oreilles...

 

En photo : Julien Dray en train de réfléchir... En vain...

30 avril 2012

D'envisager l'avenir de deux façons

220px-UMP_regional_elections_Paris_2010-01-21_n13C'est une question qui revient souvent dans l'actualité et qui, bien sûr, est souvent posée à François Hollande : qui sera son Premier Ministre ? Partie immergée de l'iceberg uniquement puisque, dans les médias comme entre amis, les gouvernements socialistes sont fantasmés chaque jour. Peillon à l'Education nationale, Touraine aux Affaires sociales, Sapin à l'Economie, Valls à l'Intérieur... Fruits des exigences des uns et des indiscrétions des autres, ces prédictions valent ce qu'elles valent, mais elles trahissent une réalité : plus personne ne croit à la réélection de Nicolas Sarkozy.

A-t-on déjà entendu un seul observateur de la vie politique, un seul journaliste se demander qui le Président sortant installerait à Matignon en cas de victoire, ce dimanche ? Personne. François Fillon a déjà confirmé qu'il ne rempilerait pas et, a priori, personne n'a  jugé bon de faire acte de candidature. Et pourtant... Cela vaudrait le coup de s'imaginer à quoi ressemblerait un gouvernement de droite à compter de lundi prochain. D'autant que le durcissement idéologique du Président sortant devrait nécessairement transparaître dans la composition de son équipe. Ainsi, s'il ne franchirait pas la ligne rouge en invitant des frontistes dans son gouvernement, Nicolas Sarkozy aurait tort de se priver du plaisir de nommer Claude Guéant Premier Ministre. Après tout, avec une campagne pareille, l'actuel boss de l'Intérieur serait comme un poisson dans l'eau. Nadine Morano à la Culture, voilà qui aurait un maximum de tronche pour donner des gages à tous ces bons Français électeurs du FN. Car, si réélection il y a, ce sera grâce à un report de voix historique des "marinistes". Ce bon Eric Ciotti, auteur du communiqué prétant à 700 mosquées la volonté d'appeler à voter Hollande, se verrait remercié par le ministère de l'Intérieur. Et puis, pourquoi pas, Christian Vanneste à la Famille. Voilà qui aurait de la gueule et qui enverrait un message clair aux homosexuels.

D'autres hypothèses sont à envisager en cas de deuxième mandat sarkozyste. Guillaume Peltier, au four et au moulin depuis le 22 avril, pourrait intégrer la direction de l'UMP, voire le porte-parolat. Pas si mal pour un ancien du FN, du MNR et du MPF, autant d'endroits où on aime les coupes de cheveux bien dégagées et les bras bien haut levés. Valérie Rosso-Debord et Rachida Dati aussi, pour services rendus et retrait de candidature face à François Fillon. La deuxième ne retrouverait certes pas la Justice, mais une bonne circonscription et un poste de prestige dans l'organigramme du parti.

 

Une guerre sanglante en perspective

 

Tout ceci serait, évidemment, la résultante d'une réélection de Nicolas Sarkozy laquelle, encore une fois, ne pourrait passer que par une alliance tacite avec le Front national. Mais si très peu de médias abordent cette hypothèse, c'est bien parce que François Hollande va remporter cette élection présidentielle et que l'horizon de l'UMP est très sombre. La campagne d'entre-deux tours que mène son candidat l'obligera, à très court terme, à faire un choix. Le parti de droite doit-il conserver la même ligne idéologique, mené ainsi par Jean-François Copé, assisté de la "Droite populaire" ? Ou redevenir plus gaulliste, plus social, se recentrer autour des personnalités de François Fillon et Alain Juppé ?

Cette question se posera pour les législatives à venir, mais aussi pour la suite. De retour dans l'opposition après dix ans de gouvernement, la droite va devoir se réorganiser. Les investitures pour le scrutin de juin sont déjà établies, la ligne directrice du parti ne bougera sans doute pas d'ici là. Mais la guerre de succession va être terrible par la suite. D'autant plus que Nicolas Sarkozy s'est arrangé pour qu'aucune tête ne dépasse durant sa présidence. Ceux qui ont gouverné à ses côtés vont-ils réussir à contrer l'ambition des jeunes Copé, Bertrand et autres Peltier ? Une chose est sûre, la guerre va être sanglante dans cette UMP qui a tant le culte du chef. Et le vainqueur gagnera une investiture en or en 2017 et des alliés prêts à tout pour lui (ou elle).

L'élection présidentielle, à moins d'un cataclysme, est pliée. Hollande va gagner. C'est donc à la suite qu'il convient de s'intéresser. Et la suite, dans la vie politique française, ve passer par la reconstruction de la droite dite républicaine. Va-t-on assister à une scission d'une partie des troupes, tentée par l'extrême-droite ou par la création d'un nouveau parti ? Rappelons que l'UMP n'existe que depuis 2002, ce ne serait donc pas un crime de lèse-majesté que de renommer ou refonder une formation politique qui n'a connu que le second quinquennat de Chirac et celui de Sarkozy. Franchement, ce serait même une bonne façon de mettre un passé moyennement glorieux derrière soi...

27 avril 2012

D'essayer de trouver quelques bonnes nouvelles

Hier, Nicolas Sarkozy a affirmé que Tariq Ramadan avait annoncé qu'il voterait François Hollande. Faux, l'intéressé est suisse et a, en plus, démenti. Le matin même, il a assuré n'avoir jamais utilisé la formule "le vrai travail". Faux, il l'a fait à au moins deux reprises. L'UMP a assuré, par un communiqué du délicieux Eric Ciotti, que "700 mosquées" avaient appelé à voter Hollande. Encore faux, le président du CFCM, Mohammed Moussaoui, a violemment démenti. Lionnel Luca (UMP tendance droite populaire) a parlé de François Hollande et de sa compagne, "Valérie rottweiler". Classe. Toujours hier, des policiers ont défilé en masse sur les Champs-Elysées pour protester contre la mise en examen de l'un des leurs qui a tué un suspect. L'autopsie a montré que la victime avait été flingué dans le dos. Qu'importe, l'UMP en masse soutient les fonctionnaires de police. Avant-hier, Jean-François Copé a accusé Libération de "désinformation" pour avoir prêté à Nicolas Sarkozy la phrase : "le Front national est compatible avec la République". Le jour même, Le Figaro avait utilisé la même citation. Et les journaux télévisé ont montré que cette citation était authentique. Il y a trois jours, François Hollande s'est rendu à Hirson, en Picardie, région qui a le plus voté pour le Front national. Certes, le candidat socialiste ne racole pas aussi ouvertement les voix frontistes, mais il essaye de picorer ici et là. Les deux candidats sont au moins d'accord sur un point : les électeurs de Marine Le Pen ne sont pas de gros racistes ou d'ignobles fascistes, mais simplement des brebis égarées qu'il convient de ramener dans le droit chemin. Constat on ne peut plus contestable, mais admettons...

Convenons-en, si "Petites phrases et grandes idées" s'est beaucoup lâché ces derniers temps sur les médias et Nicolas Sarkozy, ils l'ont bien cherché. Et l'ambiance dans laquelle se déroule cet entre-deux tours est, pour l'instant, parfaitement nauséabonde. Un sondage paru hier montre que les deux préoccupations principales des Français restent l'emploi et le pouvoir d'achat. On est en plein dedans, non ? Espérons au moins que les deux candidats auront la décence d'aborder le sujet lors de leur débat, le 2 mai prochain, face à Laurence Ferrari et David Pujadas (toujours mieux que Pernaut et Lucet, n'est-ce pas ?). Alors, face à cette conjoncture sombre au possible, essayons de trouver quelques bonnes nouvelles ou, du moins, quelques infos constructives. Parce que, pour être tout à fait honnête, on a beau être fasciné par la politique et avoir l'impression de ne jamais s'en lasser, cette semaine est particulièrement éprouvante pour les nerfs...

 

"Reniement du gaullisme"

 

D'abord, il faut souligner l'attitude de François Bayrou. Au soir du premier tour, celui-ci avait annoncé qu'il allait s'adresser aux deux finalistes avant d'éventuellement prendre position. Naturellement, il ne choisira pas. Mais il a pondu un communiqué réagissant aux dernières sorties sarkozystes, texte dans lequel il apporte une bouffée d'air républicain dans ce débat. Le boss du Modem juge que les propos du chef de l'Etat "valide le discours du Front national". Il poursuit, comme le relate Le Monde : "Aborder la question de l'immigration en validant la thèse du FN et en prétendant que les déséquilibres des comptes sociaux étaient dus aux immigrés, c'est un reniement d'un demi-siècle de politique sociale en France. C'est un reniement du gaullisme aussi bien que des démocrates-chrétiens et humanistes". Pardon pour le langage mais putain, ça fait du bien à lire ! On sait que quelques proches de Bayrou ont déjà pris position (Arthuis pour Sarkozy, Banhamias pour Hollande), on sait désormais que le patron n'appelera pas à voter pour le sortant. Et il serait très curieux de le voir pencher à gauche. Cela dit, ses commentaires sont extrêmement précieux.

Il y a également eu une proposition, passée relativement inaperçue jusqu'ici. En effet, le probable futur Président entend proposer un "referendum sur la moralisation de la vie politique". On voit venir le pschit! absolu MAIS, l'initiative est louable. Il s'agirait, en effet, de demander leur avis aux Français (si d'aventure le Parlement ne serait pas majoritaire sur la question) sur la limitation du cumul des mandats, sur la parité, sur l'indépendance de la justice et sur "l'exemplarité de l'Etat" (très vague). Il faut reconnaître que ce genre de proposition a plus de gueule que la volonté de l'actuel Président d'instaurer une "présomption de légitime défense" pour les policiers...

Et puis, parce que "Petites phrases et grandes idées" a bien fait ses devoirs, voilà une troisième bonne nouvelle. Pour la première fois depuis sa création, le Tribunal pénal international de La Haye a reconnu coupable un ancien chef d'Etat. En l'occurence, il s'agit de l'ex-Président du Libéria Charles Taylor, adepte du génocide, du cannibalisme et surnommé "superglue" pour sa propension à attirer l'argent détourné. Après des années d'instruction, Taylor a donc été reconnu, hier, coupable de onze chefs d'accusation. Dans quelques mois, il saura à quelle peine il aura droit. En attendant, à nous de savourer l'utilité enfin établie du TPE de La Haye, qui avait perdu beaucoup de crédibilité avec la mort de Slobodan Milosevic.

26 avril 2012

De se balancer du muguet au visage

12-copie-2C'était une des petites saillies du one-man-show sarkozyste, tendance comique troupier : "comment ai-je pu oublier que François Hollande a privatisé le 1er-mai ? " Rires dans la salle. Ah. Bien sûr, le socialiste est l'adversaire du Président au second tour de la présidentielle. Mais pour ce qui est de la fameuse polémique autour du 1er-mai, le candidat du PS est plutôt en retrait. Depuis les résultats de dimanche dernier, Sarkozy cherche l'affontement à tout prix et Hollande l'évite absolument. Or, en voulant instaurer son rassemblement pour célébrer "le vrai travail", ce n'est pas à son adversaire que le candidat s'oppose frontalement.

D'abord, il y a la tradition. Celle qui veut que les syndicats se rassemblent en ce jour pour rappeler leurs revendications majeures. Selon le site-à-prendre-avec-des-pincette Wikipédia, "l'origine de cette célébration serait liée à la fois au mouvement syndical lancé le 1er-mai 1886 en faveur de l'instauration de la journée de huit heures aux États-Unis et qui culmina avec le massacre de Haymarket Square de Chicago ainsi qu'en France, à la fusillade de Fourmies de 1891 au cours de laquelle l'armée tire sur des grèvistes pacifistes". Outre le jour férié, donc, cette date est éminemment symbolique pour les syndicats et ce n'est donc pas une surprise de les voir hurler leur indignation lorsque le Président de la République, parole de l'Etat, symbole de l'unité nationale, appelle à un rassemblement pour le "vrai travail". Conception qu'il définit comme tel : "Le vrai travail, c’est celui qui a construit toute sa vie sans rien demander à personne, qui s’est levé très tôt le matin et s’est couché très tard le soir, qui ne demande aucune félicitation, aucune décoration, rien". Ou encore : "Le vrai travail, c’est celui qui qui dit "toute ma vie, j’ai travaillé, j’ai payé mes cotisations, j’ai payé mes impôts, je n’ai pas fraudé, et au moment de mourir je veux laisser tout ce que j’ai construit à mes enfants sans que l’Etat vienne se servir". Mais qu'il est rassembleur, ce Président-candidat, qui oppose donc le "vrai travail" à "l'assistanat" ! Si d'aventure il venait à être réélu, on aimerait être une petite souris pour voir quel genre de dialogue social le Président sortant entend installer. En attendant, la CGT, en réaction, a appelé à ce que Sarkozy soit "battu dans les urnes". Et ce dernier de s'indigner, à son tour, contre cette prise de position politique d'un syndicat. La grosse ficelle a encore fonctionné, mais elle est à double tranchant.

 

Caresser le FN pour mieux le détrousser

 

Car le 1er-mai n'est pas que le rassemblement traditionnel de l'intersyndicale. C'est aussi le jour où le Front national commémore Jeanne d'Arc. Celle-ci serait née en janvier 1412 et morte le 30 mai 1431, on ne voit donc pas bien pourquoi le parti d'extrême-droite choisit cette date en particulier. Si ce n'est, mais oserait-on l'imaginer ?, pour pourrir le rassemblement des syndicats... Toujours est-il que s'il est bien deux entités pour lesquelles la date du 1er mai est sacrée, ce sont bien les syndicats et le Front national. Or, il s'agit là de relais importants de l'électorat populaire dont Sarkozy veut se faire le chantre. Certes, il entend également combattre les "corps intermédiaires" (et la une de l'Humanité, hier, comparait ce positionnement à celui du maréchal Pétain), mais aller titiller l'intersyndicale et le FN en organisant une contre-manifestation, c'est non seulement curieux, mais très dangereux pour lui.

Car il est bien entendu que le candidat UMP drague l'électorat frontiste. Jusqu'ici, on imaginait bien Sarkozy les rallier à lui en flattant le Front. Et, de fait, il l'a fait en partie. Mais on voit poindre une autre stratégie : celle d'arracher le votant à son parti d'attache en lui donnant un alternative. En gros, non seulement dire que l'électeur FN a eu raison, mais aussi lui dire que maintenant, au second tour, il n'a besoin de changer son vote parce qu'il a le clone de Marine Le Pen devant lui. C'est très risqué car cela revient à se concentrer sur ceux qui se sont portés sur l'extrême-droite par colère ou rejet et se priver délibérément des véritables adhérents du discours lepéniste. D'autant qu'un électeur de protestation aura bien du mal à vouloir reconduire le Président sortant.

En gros, et sans s'attarder sur l'immoralité de la stratégie sarkozyste, le candidat UMP est très en retard, a quasiment élection gagnée et fait exactement l'inverse de ce qu'il avait fait jusque-là. En effet, "Petites phrases et grandes idées" a souvent loué les qualités de candidat du Président, lequel parvient à arracher 26% des voix dans un contexte de crise et avec un bilan lamentable. En revanche, son second tour est, pour l'instant, totalement raté. Ses ficelles sont trop grosses, son discours énerve et, à trop vouloir se rapprocher de Marine Le Pen, il perd ses soutiens centristes. Mais, après tout, cela n'est pas si grave car, d'après une étude de cette semaine, 64% des électeurs UMP sont pour un accord électoral avec le FN aux législatives. A partir de là...

Publicité
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 > >>
Petites phrases et grandes idées
  • Une petite lanterne, sans prétention, pour éclairer la politique et ceux qui la font. A mi-chemin entre le prestige de la fonction et le ridicule de certains débats, il y a tout un monde à passer au crible...
  • Accueil du blog
  • Créer un blog avec CanalBlog
Publicité
Archives
Publicité
Publicité