sarkozy"Petites phrases et grandes idées" essaye, tant bien que mal, de garder une forme d'objectivité dans ses analyses. Mais objectivité n'est pas neutralité. Ainsi, s'il est impossible pour un journaliste "normal" de dire du mal d'un candidat au nom d'une neutralité imposée, ce blog peut se permettre de dire sans ambages, et sans avoir à mentir, que Nicolas Sarkozy est sans le moindre doute le menteur le plus décomplexé de la classe politique. Le tout saupoudré d'un culot extraordinaire et d'une équipe prête aux plus grandes bassesses pour le voir réélu. Avec un second tour perdu d'avance, le sortant avait deux choix : perdre avec dignité ou tenter le tout pour le tout. Sans le moindre doute, il opte pour la seconde option.

Le tout écrit après à peine 36 heures de campagne officielle. Nicolas Sarkozy a tenu meeting ce lundi à Saint-Cyr-sur-Loire et a d'ores et déjà lancé plusieurs pavés dans la mare. La bonne blague des trois débats semble avoir fait long feu. En 2007, on ne se souvient pas l'avoir entendu réclamer pareille chose à Ségolène Royal. Et voilà que les aboyeurs en chef de l'UMP accusent François Hollande de craindre l'affrontement. OK. Si certains sont assez bêtes pour tomber dans le panneau, ils méritent d'avoir cinq ans de Sarkozy en plus.

Voilà donc un Président sortant qui chauffe ses nouveaux arguments. Pour lui, le premier tour était une "bataille à neuf contre un". Ben ouais, Nicolas, ça s'appelle être un Président sortant. Le bilan est nécessairement attaqué et quand il est mauvais, on prône le changement par rapport à ce qui a été fait. Cela étant dit, Marine Le Pen aussi a été une cible régulière lors de la campagne, et ça n'a pas semblé la gêner, bien au contraire. Ensuite, notre bon Président accuse "le système médiatique" qu'il accuse de vouloir "décider à la place des Français". Mais de quoi parle-t-on ? Des journaux, sites internet, télévisions et radios qui ont vendu un second tour Hollande-Sarkozy ? Cela ne saurait l'avoir gêné. De ce même "système médiatique" qui lui a donné la première place (et largement) en terme de temps de parole lorsque celui-ci était libre ? Là encore, c'est plutôt en sa faveur. Alors de quoi se plaint-il ? On se le demande. Mais il se plaint, c'est l'essentiel.

 

Plus frontiste que Marine

 

Et il persiste, le bougre. Lundi, à Saint-Cyr-sur-Loire : "Ces Français ont un sens civique qui n'existe plus chez les observateurs des Français". Et dire qu'il ne boit pas ! Et il continue, le Président bling-bling, l'homme du Fouquet's, en s'adressant aux "petits, les sans-grade, les travailleurs, les ouvriers, les retraités"... Ceux-là même qui vont prendre une hausse de la TVA s'il est réélu.

Pour la suite, il lance le grand numéro de claquette censé séduire l'électorat frontiste. Lui qui avait tant voulu montrer sa stature internationale du temps de sa présidence de l'Europe se découvre anti-Bruxelles : "Ils ne veulent plus d'une Europe passoire, y compris les plus européens parmi nous. Ils disent : « on est d'accord pour nous adapter au monde nouveau mais nous ne voulons pas changer de mode de vie »". Joli constat. Mais est-ce l'homme du traité de Lisbonne qui entend leur apporter ce qu'ils veulent ? Celui qui voulait redonner à l'Europe ses lettres de noblesse en participant, notamment, à l'élaboration d'un pouvoir exécutif à sa tête ? Celui qui veut tellement garder l'authenticité de l'Europe qu'il plaide, dès qu'il le peut, pour un refus catégorique de l'entrée de la Turquie en son sein ? Plus droitier que  jamais, plus bas que terre, capable de tout pour trois voix de plus, il développe le discours lepéniste par le menu : l'immigration, la Nation, le retour des frontières, la protection "qui n'est plus un gros mot," le communautarisme, le vote des étrangers, la "burqa qui n'est pas anecdotique"… Il fustige "les spéculateurs, les corps intermédiaires" et assure que "nous avons trop cédé à la technocratie et à la diplomatie". Mais, bon sang, qui était à la tête de cette diplomatie ? C'est extraordinaire comme cet homme fuit constamment ses responsabilités pour se positionner comme celui qui changera tout s'il est élu. Mais il est déjà élu !

Et puis, forcément, dernier axe de sa stratégie, il canarde la gauche. Oh, certes pas sur son projet, ce serait trop simple. Il faut de la grosse ficelle, de la corde d'amarrage, du bien lourdeau qui marque et qui tâche. Son argument massue ? Accrochez-vous, c'est du caviar : "Je n'accepterai aucune leçon d'une gauche qui voulait installer Dominique Strauss-Kahn à l'Élysée" ! Si c'est pas du caniveau de première catégorie, ça ! "Nous, c'est le vote populaire. La gauche, c'est le vote communautaire", poursuit-il. Pendant cinq ans, il a divisé la France dans tous les sens possibles. Mais il continue et en trouve un autre : désormais il y a ceux qui ont plus de 12 de QI et qui le trouvent pathétiques, et ceux chez qui ce type d'argument fonctionne.

Finalement, le plus fort, c'est encore qu'à force de mensonges, Nicolas Sarkozy devient mythomane et donc croit en sa propre prose. En témoigne cette déclaration qui serait hilarante si elle n'était pas si grave : "Il nous reste quinze jours et on va aller à la conquête de la France". Voilà. Il a même oublié que c'était lui, le sortant. Ce type d'analyse pourrait durer des jours entiers. Seulement voilà : la campagne du second tour n'a commencé que depuis deux jours. Ca promet...