c27e5dd8-6c98-11e1-9866-c2cc5dcd61bb-493x328Vivez l'expérience au moins une fois... Ecoutez les résultats du premier tour d'une élection présidentielle à la radio. Quelques secondes, 20 heures et la journaliste annonce François Hollande en tête à 28,3 avec Nicolas Sarkozy à 25,5. Bien. Le duo attendu est bien en finale. Ce n'est pas une surprise et même l'écart était relativement attendu. Une fois cette confirmation obtenue, on passe au troisième candidat. Marine Le Pen ou Jean-Luc Mélenchon ? C'est la première qui monte sur le podium. Bon. C'était envisagé. Mais avec 20% (estimation de 20 heures) ? Alors que Mélenchon se traîne à 11,5% ? Incroyable ! Alors même qu'on la voyait perdre une troisième place qui lui semblait promise, voilà l'héritière qui colle près de dix points à son adversaire annoncé ! Le "vote de crise" que tous les observateurs citaient hier soir avait été totalement oublié dans l'esprit des sondeurs. Et c'est le Front national qui a profité de la chose.

Désormais, nous voilà avec un deuxième tour a priori écrit à l'avance. François Hollande a entre deux et trois points d'avance et dispose de solides réserves de voix. Nicolas Sarkozy n'a entendu, lui, aucun candidat appeler à voter pour lui (même pas Dupont-Aignan !). Bien sûr, Marine Le Pen et ses 19% réserve sa décision pour le 1er mai. Mais personne n'est dupe et elle ne peut pas se permettre de pencher pour un candidat plus que pour l'autre. Le cas Bayrou est plus intéressant. Si son score est décevant (à peu près 8,5%), il reste assez conséquent. Or, il est possible que ce dernier saute sur une occasion rêvée de se voir proposer Matignon. En échange de son soutien, naturellement. L'hypothèse n'est pas la plus probable, mais reste crédible. En gros, Nicolas Sarkozy est déjà en retard et a moins de réserve que son adversaire. Et le premier sondage le donne à 46% au second tour. Il ne peut pas gagner, sur le papier. Et c'est pourquoi il va être si dangereux dans les deux semaines qui viennent.

 

François Hollande va l'emporter. A moins que...

 

En gros, le salut de Nicolas Sarkozy passe par une forte récupération des électeurs de Marine Le Pen. Or, ces derniers, par leur vote massif, démontrent deux choses : une volonté de changement (que le Président sortant en saurait incarner) et un espoir déçu, celui que ce même Sarkozy incarnait en 2007 en tapant allégrement dans le programme du FN. Autant dire que le candidat UMP part de loin. Une alliance avec François Bayrou est envisageable. Mais s'il droitise à outrance sa campagne pour séduire du frontiste, il abandonne le centre-droit. La quadrature du cercle. Lors de son allocution d'hier soir, Sarkozy a appelé à voter pour lui tous les "amoureux de la patrie". L'appel du pied est net. On verra.

Reste la possibilité de convaincre les abstentionnistes et de piquer des voix à Hollande lui-même. Et pour cela, il entend mettre son rival en difficulté. D'où la propositions de trois débats d'entre-deux tours, que le socialiste s'est empressé de refuser. Riposte immédiate de la droite, Rama Yade en tête : François Hollande "manque de courage". Or, il est exactement dans la situation de Nicolas Sarkozy en 2007. Il est en tête, il contrôle, il est favori, il n'a strictement aucune raison de prendre moindre risque. Son score est tout de même particulièrement haut, Mélenchon et Joly se sont immédiatement joints à lui et il peut compter sur l'absence de consignes de vote de Marine Le Pen. C'est un boulevard qui s'ouvre devant lui. Sauf accident, le prochain Président de la République sera François Hollande. Mais un accident, justement, est si vite arrivé.

Reste que cette élection regorge de faits marquants. On a déjà parlé du score astronomique du Front national. A l'heure où ces lignes seront lues, ce sera sans doute le sujet majeur à la une des journaux. Pour son premier galop, fifille a déjà fait mieux que papa. N'y allons pas par quatre chemins : cela a gâché la soirée électorale de "Petites phrases et grandes idées". Et si les observateurs continuent de dire que le fait que 80% des électeurs se soient exprimés est une bonne nouvelle (en quoi ?), alors cela légitimise le vote de tous les imbéciles qui ont cru que le vote FN constituait un changement ou une alternative. Ils en sont pour leurs frais et ils ne viendront pas se plaindre.

On s'attendait un petit peu plus à un score faible chez François Bayrou. Mais tout de même, quand on y pense, le candidat centriste a perdu 10 points en cinq ans ! C'est absolument délirant. Certes, la campagne du Modem a été transparente et manquait, en dépit du "made in France", de points forts. S'il refuse la main que Nicolas Sarkozy ne manquera pas de lui tendre, il risque l'anonymat absolu et des difficultés financières. 2007 aura été une parenthèse enchantée pour lui. Et le retour à la réalité n'en est que plus dur.

Et puis, finalement, restent les petits candidats. L'adjectif n'est plus entre guillemets puisque, derrière les cinq meilleurs scores, c'est Eva Joly qui pointe le bout de ses lunettes avec un maigre 2,3%. Nicolas Dupont-Aignan (1,8%) et Philippe Poutou (1,2%) font les scores qui leur étaient prédits. Le second peut graver ce chiffre dans sa mémoire puisqu'il y a peu de chances qu'on le revoit dans ce genre de batailles. Dupont-Aignan, lui, reviendra sans doute en 2017. Nathalie Arthaud, à 0,6%, essuie un cuisant échec et la question d'une future candidature de Lutte ouvrière est posée. Où trouver les fonds pour financer une campagne qui ne mobilise absolument pas ? Enfin, pour être complet, Jacques Cheminade a rassemblé 0,2% des électeurs. Voilà, rien à ajouter.

Le deuxième tour est donc lancé avec, en point d'orgue, le fameux débat entre les deux derniers prétendants. François Hollande devrait continuer dans la même stratégie tandis que Nicolas Sarkozy doit bouger. On sait qu'il est une grande bête de campagne. On va désormais voir s'il est un faiseur de miracle...

 

Mise à jour (8 heures 37) : Nicolas Sarkozy n'a finalement qu'un point de retard sur François Hollande. Mais cela ne change rien et la problématique reste la même pour lui.