120418102820610_28_000_apx_470_A priori, les jeux sont faits. Les derniers sondages sont apocalyptiques pour le Président sortant et les médias s'amusent même à constituer des gouvernements virtuels de François Hollande. On nous répète que Matignon serait pour Ayrault ou Aubry. Quelqu'un a entendu une hypothèse pour un Premier Ministre de Sarkozy ? Bref, plus personne ne semble croire que le candidat UMP a encore la moindre chance et ce n'est certainement pas le microcosme politique qui va nous dire le contraire.

Pourtant, la journée a été bonne : Nicolas Sarkozy a enregistré un ralliement. Peu de poids politique, certes, puisqu'il s'agit de Chantal Jouanno. Mais le plus grave n'est pas là. L'ancienne ministre des Sports a déclaré vouloir voter pour le sortant car "c'est le seul à oser". Mais elle aussi dit que, comme d'autres, elle avait "des raisons personnelles d'être contre lui". "Il m’a trainée dans la boue... Ou du moins, désavouée violemment", ajoute-t-elle. On a vu plus sympa comme appel au vote. En gros, c'est une raclure, mais je le soutiens quand même sinon ma carrière est morte. Sans compter que le timing de cette déclaration est on ne peut plus malheureux.

En effet, ce mercredi 18 avril restera comme le retour des oiseaux migrateurs. François Hollande a ainsi reçu le soutien d'une quantité invraisemblable d'anciens alliés de Sarkozy. Des ministres, déjà : Fadela Amara (qui se réclame de 20 ans de socialisme), Brigitte Girardin (ex-ministre de l'Outre-Mer proche de Villepin) et Martin Hirsch (qui avait su garder un rien de liberté). Ajoutons les anciens ministres Azouz Begag, Corine Lepage et Jean-Jacques Aillagon, ainsi que l'ensemble du clan Chirac, Claude en tête. Même Jean-Luc Banhamias, membre de l'équipe de campagne de François Bayrou, a annoncé qu'il voterait pour l'autre François au second tour ! C'est la France politique entière qui se joint à François Hollande, convaincue que les sondages disent vrai.

 

Pourquoi le soutenir ?

 

Imaginez, tout de même, que Thierry Rey a rallié le socialiste. Thierry Rey, l'ancien judoka reconverti un temps dans la presse qui avait déclaré que ça ne l'intéressait pas de savoir si un footeux avait marqué un but mais "quelle pute il a baisé après le match". Le mec qui a nettement plus d'atomes crochus avec les mononeurones du Front national qu'avec les poings-levés du Front de gauche. Faut-il que la classe politique dans son ensemble voie en François Hollande le sauveur de la patrie. Or, si ces soutiens marquent, c'est précisément parce qu'ils avaient déjà suivi le sens du vent il y a 5 ans.

Tous les noms qui ont été égrenés ici avaient soutenu Nicolas Sarkozy en 2007. Cela avait surpris de la part de personnalités traditionnellement de gauche, mais aussi de proches de Chirac et Villepin. Mais l'attrait des ors de la République l'a emporté à l'époque, tout comme il le fait aujourd'hui. On ignore si toutes ces personnalités espèrent obtenir un petit quelque chose en échange de leur ralliement de (toute) dernière minute. Mais comment donner un ministère ou une commission à Fadela Amara ou Martin Hirsch, eux qui sont marqués du sceau du sarkozysme. Le PS n'a pas la souplesse idéologique de l'UMP et l'ouverture n'est même pas une option pour lui. Dès lors, les seuls petits profits qu'ils peuvent tous retirer de ces déclarations résident dans une petite augmentation de leur côte de sympathie et la satisfaction de voir celui qu'ils haïssent tous se faire battre à plates coutures.

Alors, Bernard Kouchner va-t-il suivre ? L'alarmant silence de BHL va-t-il durer ? Claude Guéant va-t-il soutenir Hollande ? La seule réponse que l'on ait pour la suite de cette campagne est que la classe politique et son cortège de girouettes ne cessent de se ridiculiser chaque jour. Que l'on annonce le gagnant deux semaines à l'avance et les moutons suivront. Ils ne peuvent rien espérer, politiquement parlant, mais c'est un réflexe conditionné : mieux vaut se dédire et trahir tous ses engagements que se trouver du côté du perdant. Beaux soutiens qu'a ici reçu François Hollande...

(Photo Ouest-France)