Sans titreIl y a encore quelques semaines, François Hollande pouvait commencer à choisir le papier peint de son bureau de l'Elysée. Le futur gouvernement socialiste se négociait dans les couloirs et la victoire était tellement sûre que Ségolène Royal se voyait déjà au perchoir. L'extrême-droite était aux fraises, Bayrou trop faible et Sarkozy miné par une popularité aussi pitoyable que son bilan. Rien ne pouvait arriver au candidat du PS qui marchait sur l'eau et "Petites phrases et grandes idées" regrettait le manque de suspense de cette présidentielle.

Et puis déclaration officielle de campagne du Président sortant. Et puis grosse montée de Mélenchon. Et puis Toulouse et Montauban, montée du climat sécuritaire, de la peur dans les esprits toujours favorable au sortant, a fortiori quand il est de droite. Encore ce midi, cette chère Elise Lucet ouvre sur le thème "les écoles de nos enfants sont polluées". Vérification faite, 30% des enfants sont susceptibles d'être exposé à du matériel qui pourrait être composé de matériaux polluants. Cela fait beaucoup de conditionnel, mais faut du sensationnel, coco. Et elle enchaîne, la Pernaut de France 2, avec ce "fait divers tragique" de quatre gamins qui ont buté un de leurs potes pour pas qu'il les balance, eux qui avaient commis un cambriolage. OK, la chose n'est pas banale, mais tout de même, un envoyé spécial et deux sujets sur la question, cela démontre l'ambiance que France 2 veut donner à la campagne. Et la chaîne n'est pas la seule.

Alors peut-être que le rapprochement est hasardeux, mais voilà que Nicolas Sarkozy remonte dans les sondages. Certaines études le placent devant Hollande au premier tour, d'autres non, mais toutes s'accordent à dire que le Président grimpe. Sauf cataclysme, on reste donc sur un second tour classique droite-gauche, mais ce sont précisément les données de ce second tour qui font qu'aujourd'hui, une réélection de Nicolas Sarkozy est une hypothèse crédible.

 

Entre-deux-tours décisif

 

"Le Canard enchaîné" révèle cette semaine les traits de la stratégie sarkozyste. Une fois arrivé en tête au premier tour (et c'est désormais très probable), le Président confrontera François Hollande à un dilemme. Car Jean-Luc Mélenchon, doté d'un score à deux chiffres, va appeler à voter en sa faveur. Or, cela pourrait faire fuir les électeurs du Modem vers Sarkozy et inciter les frontistes à contrer la gauche, devenue extrême, en allant voter UMP. Tout ceci est plutôt logique et il n'est pas impossible d'assister à ce type de scénario.

Ainsi, tous les caciques de la majorité clamant qu'une montée de Mélenchon est mauvaise pour Hollande ont peut-être raison. Mais jusqu'à un certain point. Car il y a manifestement, une envie de changement au sein de l'électorat. Or, Mélenchon + Hollande, dans les sondages, ça ressemble à plus de 40%. La logique de Sarkozy doit donc s'appliquer quasi arithmétiquement au point près pour qu'il espère l'emporter. Et c'est peut-être, justement, cette "mathématisation" de l'élection qui peut lui coûter cher. Car il compte à la fois sur un report de voix des électeurs de Bayrou (qui le haïssent) et de Le Pen (qui le détestent peut-être encore plus). Et, dans les deux cas, cela se justifierait dans son esprit par une peur et un rejet de l'extrême-gauche. Est-on encore dans une France qui redouterait Mélenchon au point de réélire Sarkozy plutôt que de faire gagner le candidat qu'il soutient ? Là est toute la question.

Et, justement, la bonne nouvelle pour tout observateur de la vie politique, c'est qu'il y a match. Une enquête place, aujourd'hui, Sarkozy 4 points devant Hollande. Soit, à peu de choses près, l'avance qu'il avait sur Ségolène Royal en 2007. Et "entre les deux tours, une nouvelle élection commence", répète le Président sortant. Cela peut être vrai et, en tous les cas, le vent peut tourner dans les deux sens. Le suspense est de retour, et les qualités de candidat de Sarkozy n'y sont pas étrangères. On peut haïr l'homme autant que l'on veut, mais il s'agit sans doute d'un des animaux politiques les plus redoutables de la Ve République...