justice2C'est Elise Lucet, l'air étonnamment grave et triste, qui l'a annoncé ce midi : "le sondage du jour montre qu'il n'y a pas eu d'effet Toulouse". Déçue, Elise ? Qu'importe ce que pense la nullissime présentatrice du 13 heures de France 2 (les bons journalistes ne sont pas toujours aux bonnes places, il y en a même d'excellents qui n'ont aucune place), l'enquête en question montre qu'en effet, au premier tour, les positions restent figées avec, cette fois-ci, Mélenchon derrière Le Pen. En revanche, Nicolas Sarkozy passe de 44 à 46% au second tour. C'est ça qu'elle appelle "aucun effet Toulouse" ? Enfin, entre 12 et 8 points d'écart, il y a quand même un monde ! S'il n'y a "aucun effet" jusqu'au 6 mai, Sarkozy sera réélu largement !

Tout cela pour dire quoi ? Et bien que la séquence autour de la fameuse union républicaine et la France en émoi a bien posé le Président comme tenant de sa fonction et a réconcilié une partie du peuple avec l'idée d'un chef de l'Etat protecteur. Les sondages peuvent montrer que le chômage et le pouvoir d'achat sont les priorités des Français, le lien qui se tisse entre un Homme et les électeurs ne se mesure pas. Et même s'il ne s'agit pas d'une donnée primordiale, elle compte tout de même. D'autant que c'est en grande partie de ce côté-là que la campagne de Sarkozy pêchait. Reste ce bilan qui risque de le plomber jusqu'au bout. Mais le véritable enseignement est qu'il y a match entre les deux favoris, même si l'écart demeure important.

Et cette fin de campagne promet beaucoup, car de nombreuses données permettront peut-être d'assister à des surprises. Chirac et Villepin s'accordaient à croire que la mémoire d'un électeur en temps de campagne présidentielle n'excédait pas trois mois, exception faite du bilan du Président sortant. C'est peut-être vrai et cela voudrait dire que ce qui se passe aujourd'hui a une importance accrue. Et ce qui se passera dans les prochaines semaines sera absolument crucial.

 

Une affaire plus sensible que l'autre

 

Têtes tournées vers le Palais de Justice. Deux affaires passionnent les foules en ce moment. La première concerne DSK, lequel vient d'être mis en examen dans l'histoire du Carlton de Lille. Le tout, la veille de l'ouverture de son procès au civil à Washington. Très belle semaine pour l'ancien ministre de l'Economie. De celles qui vous enterrent définitivement une carrière... On ne mesure sans doute pas assez la chance qu'a le PS en général, et Hollande en particulier, de ne pas être associés à ces histoires dans l'esprit des Français. Quel carnage ç'eut été ! Fort heureusement, les socialistes et l'intéressé ont eu le bon goût de ne pas parler les uns des autres. L'ouragan Sofitel n'aura pas atteint l'élection présidentielle et, quoi qu'on en dise, c'est une bonne chose.

En revanche, en voyant un peu loin la mise en taule de Patrice de Maistre, ancien gestionnaire de fortune de Liliane Bettencourt, on se dit que là, il peut y avoir du dégât. Et du gros. Parce que ce qui est reproché par le ministère public, dans le volet politique de l'affaire, c'est ni plus ni moins qu'un financement occulte de la campagne de Sarkozy en 2007. Et les dernières révélations font état de remises d'argent en liquide par de Maistre à Sarkozy. En mains propres ! Pas à Eric Woerth, le déjà-sacrifié trésorier de cette campagne, ni à quelque autre sous-fifre. Au candidat lui-même ! Cette affaire sent d'autant plus mauvais qu'elle concerne le Président sortant et non son entourage, comme cela aurait pu être le cas pour DSK et ses délires.

Il est à peu près établi que l'odeur rance de l'affaire politico-financière va coller aux talonnettes de Sarkozy jusqu'au bout. La question est : à quel point ? Va-t-il être nommément accusé avant le premier tour et perdre 10 points dans les sondages ? Va-t-il voir le couperet tomber entre les deux tours ? La justice le laissera-t-elle tranquille jusqu'après l'élection ? Ou, finalement, sera-t-il mis hors de cause. Et, là encore, à quel moment... Cette affaire-là laissera beaucoup plus de traces que l'autre et, si elle venait à refaire parler d'elle dans un futur proche, nul doute que la campagne retrouverait un intérêt tout singulier. Certes pas autour du nom de son vainqueur, mais plutôt de celui de son plus gros perdant. Quoi qu'il en soit, l'affaire Bettencourt n'a pas fini de pourrir la carrière de Nicolas Sarkozy...