Prsidentielle 2012 comparez toutes les intentions de vote - LeMondeCa aura duré peu, finalement, la théorie fumeuse du "match à quatre". Souvenez-vous, il y a deux mois à peine, les journaux titraient sur le score élevé de Marine Le Pen et l'évolution diesel de François Bayrou. Tout semblait possible et certaines études plaçaient même la patronne du FN en tête des sondages et le boss du Modem en ballottage avec François Hollande et Nicolas Sarkozy. Mais de l'eau a coulé sous les ponts et, qu'on le déplore ou que l'on s'en félicite, les choses sont rentrées dans leur ordre convenu et historique.

Ainsi, jusqu'il y a peu, les enquêtes d'opinion dévoilaient le tassement du score prêté à Marine Le Pen et un plafond de verre heurté par François Bayrou. La première ne passe qu'épisodiquement les 17 %. Le second se débat autour de 14 %. Dans une configuration comme celle de cette année, avec peu de "petits" candidats, c'est trop peu pour espérer se qualifier. Et, de fait, Hollande et Sarkozy se baladent au-dessus de 25 %, rendant l'écart avec la troisième place virtuellement impossible à combler. Les derniers sondages ont beau s'amuser à faire des coups en plaçant le sortant en tête ou distancé, la tendance est très nettement à l'affrontement classique gauche-droite. Hollande oscille entre 33 % (BVA) et 27 % (Ifop) et Nicolas Sarkozy est estimé au mieux à 28,5 % (Ifop), au pire à 25 % (BVA et Ipsos). L'écart avec Marine Le Pen est donc creusé puisque celle-là atteint 17,5 % dans son sondage le plus généreux (Ipsos). La configuration est donc passée de celle d'un match à quatre, à celle d'un double duel : un pour la première place et l'autre pour la seconde.

 

Rééquilibrage du paysage politique

Mais tout ceci est désormais bousculé. Car voici qu'un cinquième larron vient mettre son nez dans les affaires des grands. Après son OPA hostile sur l'extrême gauche française, voilà que Jean-Luc Mélenchon démontre que son bon score aux dernières élections européennes n'était pas un feu de paille. Fort de son charisme naturel et de son aisance orale, le candidat du Front de Gauche a ainsi vu sa courbe de sondage grimper inexorablement jusqu'à talonner, aujourd'hui, François Bayrou. En effet, l'Ifop et TNS-Sofres créditent l'ancien socialiste de 10 %. Et sa courbe rejoint progressivement celle du leader du Modem.

Car ce qui compte, aujourd'hui, n'est pas tant les scores prévus que les tendances. Ainsi, François Hollande démontre, semaines après semaines, que quelle que soit sa position après le premier tour, son score reste haut. Nicolas Sarkozy, lui, profite d'une semaine très médiatique pour faire grimper sa côte et même, on l'a vu, entendu et encore entendu, dépasser Holande dans un sondage. Marine Le Pen est en baisse dans une majorité des études, ce qui est sans doute à mettre au crédit de la droitisation de la campagne du Président sortant. François Bayrou stagne désespérément, faute de trouver un écho favorable et un message clair. Reste Jean-Luc Mélenchon, qui capitalise à la fois sur sa médiatisation, son message résolument anti-système et sa campagne à l'encontre du Front national. Le véritable arbitre de la campagne, à l'heure où nous parlons, c'est lui. Les 75 % d'impôt de François Hollande visaient son électorat. La proposition de taxation des exilés fiscaux de Nicolas Sarkozy également. Marine Le Pen et François Bayrou sont dans une logique de conservation de leur électorat, tandis que les deux candidats principaux cherchent à piquer ici et là quelques voix. Mélenchon, lui, fait son bonhomme de chemin et rallie à sa cause de plus en plus de votes contestataires. Et il y a quelque chose de sain là-dedans.

Car après tout, la montée de l'extrême-gauche rééquilibre le paysage politique français. Aujourd'hui, les cinq dominantes sont représentées par un candidat fort : les extrêmes, la droite, la gauche et le centre (à considérer que François Bayrou ne penche pas légèrement). La balance ne penche plus résolument à droite et chaque camp, chaque courant d'idée majeur peut se retrouver dans un champion ou une championne. Ajoutons autre chose. En 2002, la troisième voie avait été incarnée par Jean-Marie Le Pen, tant et si bien qu'il était même devenu la deuxième voie. En 2007, c'est vers François Bayrou que les exaspérés de l'éternelle ritournelle droite-gauche s'étaient tournés. Aujourd'hui, c'est Jean-Luc Mélenchon qui récolte les fruits de son travail de sape auprès des lassés des grands partis. Et la dynamique actuelle lui est indéniablement favorable.

Ainsi, aujourd'hui, nous avons le choix. Ou l'on considère que l'on assiste à une échappée de deux suivie de loin par un peloton de trois. Ou l'on estime que Marine Le Pen ne bougera définitivement pas de sa troisième place et qu'elle ne peut ni regarder devant (trop loin), ni regarder derrière (trop loin). Dans tous les cas, on peut au moins estimer que, si le débat n'est pas au goût de certains, un certain suspense demeure autour de l'ordre final d'arrivée.

NB : Pour suivre au plus près les différents sondages qui paraissent, "Le Monde" a une excellente page ici.