dominique-villepin-programme-2012A six mois de l'élection présidentielle, voir une candidature surprise s'inviter à la fête est très rare. Surtout lorsqu'il s'agit d'une véritable personnalité politique. Et, que l'on ne s'y méprenne pas : l'annonce de Dominique de Villepin est une surprise totale. Il y a une certaine différence entre faire le mariole sur les plateaux de télévision en clamant son intention d'y aller et franchir effectivement le pas. L'ancien Premier ministre sera donc de la partie et, cela surprendra peut-être quelques lecteurs, mais "Petites phrases et grandes idées" a appris la nouvelle avec un bonheur sans équivoque. Pour une raison très simple : avec Dominique de Villepin, on ne s'ennuie jamais.

Côté pile, Villepin c'est l'homme du discours de l'ONU, un orateur à l'ancienne qui se veut des accents gaulliens, une carrure, une gueule, une crinière, une stature, une expérience, une vraie côte de popularité, l'éphèbe qui sort de l'eau mieux qu'Ursula Andress, le taquin qui prend un porcelet dans les bras en demandant aux journalistes s'il ne leur rappelle personne, le culotté qui commence un procès dont il est l'accusé en criant, trémolos dans la voix, au complot présidentiel. Un vrai candidat, dont la légitimité peut être appuyée par ce fameux concept cher à Jacques Chirac : une "certaine idée de la France".

Côté face, Galouzeau c'est Clearstream, les accusations de Robert Bourgi, le têtu du CPE promulgué mais pas appliqué, le pyromane qui dénonce "la facilité, la lâcheté" de l'opposition, le mauvais génie de la dissolution de 1997, l'homme des officines, des barbouzeries et des mallettes, l'âme damnée d'un présumé innocent nommé Jacques Chirac. Aujourd'hui, s'il y a bien un candidat dont la place est plus dans une cellule que sur un bulletin de vote, c'est bien lui. Et c'est un peu gênant.

 

Le mystère absolu

 

Concrètement, en dehors d'apporter un peu de fun à cette élection qui n'en promettait aucun, à quoi sert la candidature du héron cendré ? Une chose est sûre, l'intéressé a hésité. Il a commencé par créer son mouvement politique (le gargantuesque "République solidaire"), puis en a quitté la présidence. Il a ensuite rencontré Nicolas Sarkozy et, selon plusieurs indiscrétions, il lui aurait proposé de former un gouvernement d'union nationale dont il aurait pris la tête. Le Président, déclinant poliment, aurait offert à son ennemi juré une circonscription aux législatives. Là encore, refus. A croire que ces deux-là sont voués à se combattre quand ils ne peuvent pas s'entendre...

Nous voilà donc avec un Dominique de Villepin qui, idéologiquement, va sans doute occuper la place laissée vacante par Jean-Louis Borloo au centre-droit (comment ça, Hervé Morin ?). Qu'est-ce que cela change dans l'équilibre des forces ? Si l'on opère schématiquement et caricaturalement, la logique pourrait être la suivante. 50% de l'électorat se trouve à droite. 15 est promis au FN, 2 à Boutin, 2 à Morin, 2 à Dupont-Aignan, 2 à Nihous et peut-être 4 à Bayrou. Restent donc, à la grosse louche, 23% à se partager entre Villepin et Sarkozy. Le premier arrivera-t-il à mobiliser suffisamment pour empêcher le second de se qualifier ? Ce serait une vengeance basse et sournoise de la part de celui qui était promis au "croc de boucher". Car il y a fort à parier que la candidature Villepin ne repose que sur la seule et unique motivation d'emmerder le Président jusqu'au bout. Et aussi sur la continuité de la ligne grandiloquente qu'il a choisi de fixer à sa carrière.

Alors, Galouzeau ? 2 ou 10 % ? Difficile à prédire pour un homme dont la notoriété et la popularité ne reposent que sur un discours prononcé en 2003. En revanche, le CPE, Clearstream et quelques autres affaires sont passées par là. Et, pour corser encore un peu le pronostic, Villepin sera pour la première fois, en avril prochain, candidat à une élection. Sa candidature est donc un mystère absolu, une promesse de moments jouissifs, la certitude de se marrer un bon coup et le plus grand facteur X de la présidentielle 2012. Définitivement, son annonce est une bonne nouvelle...